Recherche appliquée

Premier wagon de start-up au Campus Biotech

La plateforme genevoise accélère sa dimension entrepreneuriale. Une dizaine d’entreprises en démarrage et des fonds de capital-risque doivent emménager dans un mois à Sécheron

La famille Campus Biotech va encore s’élargir. Après les chercheurs des grandes Écoles (EPFL, Université et Hôpitaux universitaires de Genève), le Wyss Center pour la bio et neuro-ingénierie, le Human Brain Project, voilà venu le moment pour les start-up de rejoindre, par lots successifs, la plateforme genevoise. Elles sont déjà une dizaine sur le point d’intégrer l’infrastructure multidisciplinaire, a appris Le Temps. Le bâtiment F2, ancien quartier général de Serono situé dans le périmètre Sud de Sécheron (juste devant la halle du même non, aujourd’hui rasée), vient d’être rénové. Il est prêt à accueillir cette première vague. Les locaux ouvrent ce mois. «L’objectif serait de prendre nos quartiers début janvier 2016», résume Adrienne Corboud Fumagalli, présidente de la Fondation pour l’innovation technologique à Lausanne, ainsi que de celle de l’EPFL Innovation Park (EIP), abritant plus de 140 entreprises en démarrage.

Lire aussi : L’ambition de construire le Kendall Square suisse

Qui sont ces nouveaux candidats à une implantation dans l’enceinte de ce qui a vocation à devenir un pôle d’excellence en matière de recherche en biotechnologie et en sciences de la vie? «Je n’ai pas le droit de vous donner de noms, les contrats étant en cours de signature. Mais il s’agit d’entités compatibles avec les thématiques de Campus Biotech. Elles sont actives dans les neurosciences, la médecine personnalisée ou la gestion de données de masse, sachant que ce domaine intéresse les organisations internationales voisines. Toutes rêvent de s’établir ou de se regrouper, parfois sous formes de spin-off de laboratoires, à Sécheron», précise Adrienne Corboud Fumagalli qui, pour se faire, s’est mise en relation avec les incubateurs genevois Fongit et Eclosion.

Depuis le rachat, en 2013, du secteur ayant appartenu à Merck Serono, pour plus de 300 millions de francs, de jeunes pousses et autres sociétés établies n’ont cessé d’appeler les propriétaires, les entrepreneurs et philanthropes suisses Ernesto Bertarelli et Hansjörg Wyss, pour manifester leur intérêt. «En ce qui nous concerne, nous avons souhaité réunir une mixité d’acteur. Aux start-up, vont s’ajouter des fonds de capital-risque [VC], ainsi qu’une association regroupant des investisseurs dans des sociétés à fort potentiel, qui organise des salons technologiques internationaux», poursuit la présidente de l’EIP.

À présent que les pôles académiques et cliniques ont été mis en place au chemin des Mines, il s’agit maintenant d’accélérer le transfert du produit de la recherche fondamentale à l’économie réelle. «Des possibilités d’extension existent pour accueillir de plus grandes entreprises et ainsi constituer un écosystème, dans l’esprit du Swiss Innovation Park, avec des acteurs industriels en périphérie du site», renchérit Benoît Dubuis, directeur de Campus Biotech.

Pari Bertarelli-Wyss tenu?

Autre signe d’une volonté d’accélérer la dimension entrepreneuriale du site, General Electric annonçait en septembre dernier ses intentions de collaborer avec le Wyss Center, pour développer notamment des neuroprothèses. Sachant que le leader mondial des technologies industrielles et énergétiques participe déjà au projet «Cathy», qui se poursuit actuellement à Genève sous la houlette de John Donoghue, et dont le but est de développer un prototype destiné à faciliter la vie de patients tétraplégiques.

L’EIP a pour sa part signé un bail afin d’occuper deux des six niveaux du bâtiment F2, avec une option pour un étage supplémentaire. Total des surfaces louées, à ce jour: environ 2000 m², soit près de la moitié de la superficie disponible. «Le solde devrait être rempli très rapidement», estiment les responsables de Sécheron.

Le pari Bertarelli-Wyss semble pour l’heure bien parti. D’une poignée de scientifiques il y a deux ans, à 400 personnes fin 2014, Campus Biotech abrite aujourd’hui 675 spécialistes, soit environ la moitié des effectifs du temps de Merck Serono. «Et ce n’est toujours qu’un début», assurent ses chevilles ouvrières, tablant aussi bien sur une croissance endogène, qu’exogène à l’avenir. Évaluation faite sur place, le secteur fourmille déjà d’experts attelés à une quinzaine de projets technologiques de pointe, in situ ou plus largement, avec des entreprises externes et autres participants académiques. Petit tour du propriétaire.

Campus Biotech couvre l’équivalent de 40 000 m² de surface brute. Quelque 26 000 m² sont dévolus aux chercheurs du site, 7000 m² correspondent à des espaces communs (atrium, cafétéria, restaurant, etc.), et 7000 autres m² reviennent à des organisations compatibles avec la mission de la plateforme. À savoir: la Foundation for Innovative New Diagnostics et le GAVI (anciennement l’Alliance globale pour les vaccins et l’immunisation), dont le bailleur de fonds principal est la Fondation Bill & Melinda Gates, la Fondation Aga Khan, la Fédération internationale de l’industrie du médicament (IFPMA) et le Wyss Center et ses 20 employés. Tous occupent depuis les quatre premiers étages du bâtiment administratif central B2, aujourd’hui complet.

Contigu, l’immeuble de verre B1 accueille les équipes – 120 personnes – du Human Brain Project, depuis fin 2014. À côté le H4, a été totalement rénové, avec des espaces dédiés au programme de neurosciences humaines (220 collaborateurs). On y trouve, en vrac, des lits d’hôpitaux pour des études sur patients, une cage de Faraday démagnétisée géante, une capsule réalité virtuelle, une sorte de centrifugeuse à bipèdes, un aéroport miniature pour drones, etc. Comme ailleurs au Campus Biotech, ces installations sont mutualisées et accessibles à toutes les personnes ayant accès à Sécheron.

Plus qu’un site, une marque

De l’autre côté de l’atrium, se trouve le bloc B3, dont le 2e étage est toujours en travaux. «Nous y réalisons notamment une salle blanche. L’investissement en équipement scientifique représente près de 3 millions de francs, indique Benoît Dubuis, au détour d’un des méandres du bâtiment compartimenté. Les chercheurs en médecine digitale et globale, soit 80 personnes, sont logés ici. Certains travaillent notamment sur un prototype d’électrode, qu’il s’agit encore d’amener à l’homme.» Et Benoît Dubuis d’annoncer: «Dans 5 ans au plus tard, nous avons prévu d’enrichir le site d’une nouvelle extension, le B4, entre nous et le nouveau quartier général de JTI.»

Prochaine étape donc, parallèle à ce jalon immobilier prioritaire: s’ouvrir encore davantage à l’industrie et aux start-up, dont les effectifs s’élèvent pour l’instant à 200 salariés. Quatre entreprises en démarrage utilisent déjà les infrastructures de Sécheron. «Addex, par exemple, a commencé cet été à faire du screening cellulaire. Cette entité travaille chez nous en vertu d’un contrat, mais envisage, à terme, de quitter ses locaux de Plan-les-Ouates pour s’installer à Sécheron», signale Benoît Dubuis.

Mais encore? Le fitness de la période Merck Serono, au rez du B3bis, a par exemple été remplacé par un parc d’IRM, hautement sécurisé en raison des champs magnétiques dégagés. Et avec la densification du site, la communauté Campus Biotech a commencé à organiser des déjeuners collectifs, appelés Learn & Lunch, tous les premiers lundis du mois, pour mieux se connaître autour d’un sandwich et susciter des collaborations. «À ce stade, ce que nous voulions faire a été fait. L’écosystème de Sécheron ne cesse de monter en puissance. Campus Biotech est aujourd’hui à la fois un site et une marque», conclut Benoît Dubuis.

Publicité