«Le XXIe siècle sera celui de l'or bleu, celui de l'eau!» C'est avec cette affirmation du spécialiste britannique de l'eau David Lloyd Owen, de Ecofin Ltd à Londres, que Pictet Funds Management SA (PFM), la direction spécialisée du banquier privé genevois Pictet & Cie, avait lancé il y a un an un fonds de placement dédié à l'élément liquide. Dans la salle, les invités avaient l'air plutôt sceptique. A tort: à fin janvier, cet outil sectorial détient 256 millions d'euros et sa performance s'est avérée impressionnante avec un rythme de 20,4% atteint à la fin de l'année écoulée. Du coup, le cinquième outil sectoriel du banquier privé genevois, qui exploite une cinquantaine de produits représentant environ 10% de ses actifs sous gestion (hors global custody), se révèle être un succès.

De droit luxembourgeois et libellé en euros, le fonds Pictet Water surfe sur la vague de la consolidation, de la privatisation et de la globalisation des activités, des services et des entreprises qui se spécialisent dans la production, le traitement, la distribution, la consommation et la protection de l'eau. Son principal argument de vente est sa très faible corrélation avec le reste de l'économie et le fait qu'il reste un instrument très innovatif dans le secteur des fonds de placement. Il mise sur le fait que la capitalisation boursière, de 90 à 110 milliards de dollars, des quelque 80 valeurs spécialisées dans l'eau et son traitement devrait quadrupler d'ici à 2015, selon les estimations de David Lloyd Owen.

Pourtant, même si l'eau devient une denrée rare, donc chère, sur une planète en pleine urbanisation, ce qui devrait lui profiter, le fonds vient de subir quelques revers. En ce début d'année, sa performance a reculé de plus de 6% en euros. Selon le gestionnaire du fonds, cela vient d'une vague de prises de profits sur les titres que Pictet Water a en portefeuille. Un mouvement essentiellement dû à la crise de l'énergie électrique en Californie.

Les indices américains des utilities ont en effet chuté de plus de 10% à la fin de janvier et ont été suivis par les secteurs de l'environnement et du traitement des eaux. Qu'à cela ne tienne, les responsables du fonds estiment que ces valeurs, très sensibles aux mouvements de taux d'intérêt, devraient revenir lentement sur une courbe ascendante. D'autant qu'elles sont toutes liées aux services publics.

«Megatrend»

Ils sont patients car cet outil s'inscrit dans ce que les spécialistes appellent une «megatrend», à savoir une tendance qui fait bouger la société et l'économie à très long terme. En ce qui concerne l'eau, la cause est entendue: sans elle, il n'y a pas de vie! Et comme la population augmente partout sur la planète, ses besoins en or bleu en font autant. Or, les valeurs dans lesquelles entend investir le fonds sont précisément celles qui ont développé ou vont perfectionner l'art et la manière de fournir de l'eau à la population. Parmi les 80 titres que les spécialistes de Pictet ont identifiés dans le monde, d'une capitalisation boursière minimale de 100 millions de dollars, les cinq plus importants de leur portefeuille sont actuellement Suez-Lyonnaise (8% des actifs), Millipore (7,6%), Vivendi Environnement (5,7%) et Azurix (5,5%), une des plus importantes sociétés de distribution d'eau aux Etats-Unis.

Prudence face aux entreprises anglaises

Le fonds était très investi à la fin de l'an dernier aux Etats-Unis (58,6%), en France (17,3%) et en Grande-Bretagne (8,9%). C'est dans les deux premiers pays que les responsables du fonds trouvent leurs meilleures opportunités d'achats. Par contre, ils restent prudents face aux entreprises anglaises qui continuent à souffrir d'une régulation trop stricte. Reste que c'est dans ce pays que des décisions de restructuration du secteur pourraient offrir de bonnes possibilités d'investissement.