L’affaire de corruption Petrobras, du nom du géant pétrolier étatique brésilien, a conduit à une première arrestation hors du Brésil. A Genève en l’occurrence. Un citoyen brésilien s’est fait arrêter alors qu’il tentait de vider un compte au sein d’un établissement bancaire de la place. L’information, révélée mardi par les médias brésiliens, a été confirmée au Temps mercredi par le Ministère Public de la Confédération (MPC).

«L’arrestation de ce citoyen brésilien a eu lieu alors que celui-ci s’était rendu durant une courte période en Suisse dans le but de mettre fin à une relation bancaire et de transférer les actifs à l’étranger», explique le MPC. Le ministère souligne par ailleurs que la personne arrêtée a été placée en détention pour une durée de trois mois en raison d’un «risque de collusion et de fuite». Sans plus de précisions.

Odebrecht au coeur du scandale

Selon les médias brésiliens, l’homme d’affaires arrêté serait un ancien responsable du groupe de BTP Odebrecht. La justice brésilienne le soupçonne d’avoir géré des «comptes offshore» qui ont servi à verser des pots-de-vin à des hommes politiques et à d’autres sociétés brésiliennes dans le but d’obtenir de juteux contrats. Sans le nommer directement, le MPC confirme qu’il existe autour de la personne arrêtée de fortes suspicions quant à son implication dans l’organisation de «paiements corrompus» via des sociétés disposant de comptes en Suisse.

Le scandale de corruption Petrobras a éclaté au grand jour en mars 2014 avec le lancement de l’opération policière Lava Jato («lavage auto») au Brésil. Si l’enquête visait d’abord les dirigeants de la plus grande société du pays, elle s’est rapidement étendue aux géants de la construction ainsi qu’à une partie de la classe politique.

L’ancien président Lula a lui-même été accusé d’avoir intercédé en faveur d’Odebrecht auprès de dirigeants étrangers. Cette dernière, qui s’est notamment vue attribuer les grands chantiers des Jeux Olympiques de Rio 2016, est accusée d’avoir corrompu des hommes politiques influents, mais aussi des dirigeants de Petrobras. Son président Marcelo Odebrecht et plusieurs directeurs ont d’ailleurs été arrêtés en juin dernier.

Depuis, les arrestations liées au scandale Petrobras se multiplient au Brésil avec, parfois, dans conséquences directes pour la Suisse. L’emprisonnement au mois de novembre dernier d’André Esteves, principal actionnaire de BTG Pactual, a ainsi directement conduit à la mise en vente de BSI. La banque privée tessinoise, qui venait à peine d’être rachetée par le groupe brésilien, a ainsi été revendue ce lundi au groupe zurichois EFG International.

Plusieurs enquêtes en Suisse

La justice suisse s’est elle aussi rapidement intéressée au scandale Petrobras. Le MPC a annoncé en mars 2015 qu’il avait ouvert une enquête dans le cadre de cette affaire, et cela dès 2014, pour blanchiment d’argent. Il a par ailleurs indiqué qu’il avait fait bloquer 400 millions de dollars au sein d’une trentaine d’établissements basés en Suisse (dont 120 millions ont déjà été restitués au Brésil) et ouvert des procédures pénales à l’encontre de huit ressortissants brésiliens pour «soupçon de blanchiment d’argent en rapport avec des faits de corruption».

Quatre mois plus tard, en juillet 2015, le MPC a confirmé une information de la NZZ selon laquelle une nouvelle enquête avait été ouverte à l’encontre de la société Odebrecht et de personnes lui étant associées. Questionné, le ministère avait alors précisé que les premiers éléments en sa possession tendaient à démontrer que des comptes en Suisse avaient bien été utilisés par des sociétés appartenant au groupe Odebrecht pour verser des pots-de-vin à d’anciens dirigeants de Petrobras.

«Les premiers résultats de l’enquête montrent que la place financière suisse a été très sérieusement affectée par le scandale», soulignait alors le MPC qui en profitait pour indiquer qu’il avait adressé une demande d’entraide aux autorités brésiliennes afin que «des documents puissent être mis en sécurité et des suspects interrogés». Une aide qui n’aura finalement pas été nécessaire cette fois-ci puisque l'homme d'affaires brésilien s’est livré tout seul à la police fédérale en essayant de vider un compte en banque.


Lire aussi: