Nombreux sont les banquiers qui auraient voulu s’exprimer à la place de Brady Dougan sur les résultats de Credit Suisse. Avec un bénéfice de 2 milliards de francs au premier trimestre faisant suite à une perte de 6 milliards de francs lors des trois derniers mois de 2008, la grande banque annonce un redressement spectaculaire. Ce dernier est confirmé par le niveau impressionnant de la rentabilité des fonds propres, 22,6%, alors que nombre de grandes banques internationales se débattent toujours avec des pertes.

Contrairement à UBS, contrainte par ses errements dans les «subprime» à se replier sur la gestion de fortune, CS s’affirme avant tout dans la banque d’affaires. Avec 2,4 milliards de francs de bénéfice avant impôts, cette activité contribue deux fois et demie plus que la gestion de fortune privée au résultat net de la société. La performance est d’autant plus remarquable que le marché est en nette contraction. La banque bénéficie de sa large absence du marché des prêts titrisés des années 2005-2007 et de sa position actuelle sur l’émission et le négoce des obligations. Ces dernières sont certes moins nombreuses, mais elles produisent des rendements plus élevés en raison de la crise du crédit. Le CS maîtrise le moyen de gagner de l’argent sur les difficultés de la crise.

La banque privée n’est cependant pas sans mérites. Sa rentabilité est nettement plus élevée que celle de la banque d’affaires. Ensuite, elle continue d’attirer des nouveaux fonds malgré le ralentissement de la création de richesse à l’échelle mondiale. Quant à savoir dans quelle mesure la grande banque conservera la même attractivité malgré l’abandon partiel du secret bancaire, cela reste à voir.

Tous ces éléments hissent Credit Suisse clairement en tête des institutions bancaires suisses, devant sa vieille rivale UBS. Elle était déjà passée devant en matière de capitalisation boursière l’hiver dernier. Cet écart s’est encore renforcé, où la banque de la Paradeplatz, avec 50 milliards, se classe clairement devant celle de la Bahnhofstrasse et ses 41 milliards. Il n’y a guère que pour le nombre d’employés que l’ancienne hiérarchie est encore respectée. Les 46 700 employés du CS ne font pas le poids face aux légions de salariés d’UBS, même si près de 10 000 salariés sur les 77 200 de la banque aux trois clés devraient prochainement faire leurs valises.