Les Suisses ont envahi la Suisse. Une plongée dans les statistiques des nuitées hôtelières de juin et de juillet permet en effet de constater que les tendances attendues en début d’été se sont bel et bien confirmées.

Ce sont les régions de montagne et les régions dites périphériques qui ont le plus profité des nombreux obstacles sanitaires aux traditionnelles vacances en Espagne, en Grèce ou ailleurs. En haut de tableau se trouvent notamment des communes grisonnes, comme Flims, Vals ou Pontresina. Les nuitées y ont augmenté de 25 à 50% en juin et juillet, par rapport aux deux mêmes mois de 2019.

Les grands centres urbains à la peine

En Suisse romande, les hôtels des cantons de Neuchâtel et du Jura figurent parmi les gagnants, bien que dans des proportions moindres. «Nos visiteurs étaient déjà majoritairement suisses, mais cela s’est encore confirmé cette année, détaille Guillaume Lachat. Le directeur de Jura Tourisme énumère, en plus des Argoviens ou des Zurichois, des touristes venus des Grisons, de Lucerne mais aussi, de plus en plus, de la région lémanique. On peut par exemple citer le village de Saignelégier (JU), où les nuitées ont progressé de plus de 40%, passant de 5000 à 7200.

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Dans les villes comme Neuchâtel, La Chaux-de-Fonds ou Delémont, les chiffres sont stables, voire en léger recul, en raison d’un mois de juin très inférieur aux années précédentes. Mais la volonté de rester à distance des foules a beaucoup pénalisé les grands centres, où les nuitées sont en chute libre: -79% à Genève, -81% à Zurich, -69% à Bâle et -60% à Lausanne.

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Les destinations touristiques qui ont le plus souffert sont celles qui dépendent essentiellement des touristes étrangers, trois fois moins nombreux cette année. A Zermatt, la baisse de fréquentation des hôtels atteint 124 000 nuitées, soit -43%. Idem à Interlaken, avec 114 000 nuitées de moins (-61%).

L'année des campings?

En Suisse romande, à Montreux, le nombre de nuitées a été divisé par deux, à 56 400. La Riviera vaudoise a particulièrement souffert de l’annulation du Montreux Jazz début juillet, une période durant laquelle «les taux de remplissage des hôtels dépassent 90%, contre 35% en temps normal», selon Montreux-Vevey Tourisme. Dans la commune de Bagnes (Verbier), 12 000 nuitées de moins ont été recensées en juin et juillet, soit une baisse de 56%.

Tous ces chiffres n’incluent pas la parahôtellerie, qui comprend les logements de vacances, les hébergements collectifs et les campings. Dans une statistique séparée, l’OFS relève que ces logements ont enregistré 5,57 millions de nuitées au premier semestre. Une baisse de 29% qui s’explique par les presque trois mois de semi-confinement.

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Historiquement, pour ces trois types d’hébergements, le troisième trimestre (juillet à fin octobre) est le plus important. Il représente entre un tiers et une moitié des nuitées annuelles. Les chiffres officiels ne seront connus que début décembre, mais tous les observateurs s’accordent déjà à dire que la parahôtellerie aura le plus bénéficié de cette année si particulière.

Quel verdict pour la fin de l'été ?

Les statistiques pour le mois d’août dans l’hôtellerie traditionnelle seront, elles, publiées le 5 octobre. Mais les restrictions et les quarantaines imposées au retour de certains pays se sont multipliées au cours de l’été. «Tous les indices montrent que la tendance s’est confirmée au mois d’août, se réjouit Guillaume Lachat. Elle se prolonge même sur septembre et, pourquoi pas, jusqu’aux vacances d’octobre?»

Il est en tout cas déjà permis de croire que la deuxième partie des vacances d’été des Suisses a ressemblé à la première: montagne et nature, made in Switzerland.