La pandémie ne s’éteindra pas sans laisser de traces. Notre façon de vivre, de travailler et même de consommer va changer. Parfois pour le meilleur. Prenons les paiements: aujourd’hui, par souci d’hygiène, les détaillants recommandent de ne pas payer en cash mais de privilégier les cartes ou le smartphone pour régler ses achats. De plus en plus de commerces refusent d’ailleurs pièces et billets.

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Encore utilisé le plus souvent au comptoir, jusqu’ici, le liquide commence à susciter l’aversion. Et c’est tant mieux. Peu pratique, vecteur de microbes peut-être mais, encore plus massivement, de fraudes en tout genre, il doit céder la place à des moyens de paiement ultra-rapides, sécurisés, avec une friction minimale et disponibles en tout temps. Les cartes permettant le paiement sans contact et, surtout, les smartphones, qui, lentement, se transforment en porte-monnaies virtuels, sont capables de remplacer ces bouts de papier et de métal qui font figure de reliques du passé. Certaines parties du monde ont, plus rapidement que nous, vu les avantages du paiement par téléphone portable.

Des conditions

Or, ces avantages ne doivent pas masquer les défis que représente la dématérialisation de l’argent. Il faut penser aux personnes qui n’ont ni smartphone, ni carte, ni compte. Même dans le pays des banques comme la Suisse, elles existent. Ce sont les seniors, les largués du numérique, celles qui n’ont simplement pas les moyens financiers d’avoir accès à ces technologies, qui nous paraissent pourtant si incontournables. Il faut également penser à l’économie souterraine et aux personnes qui en vivent. Devenir une société sans cash ne doit pas signifier accentuer les inégalités et exclure une partie de la population de tous les circuits économiques et financiers.

Attention, aussi, à bien identifier ceux qui contrôlent ces technologies. Aujourd’hui, les banques et les émetteurs de cartes – de crédit ou de débit – règnent en maîtres. Demain, voulons-nous que Google, Apple ou Samsung soient derrière tous nos paiements et les analysent en permanence? A moyen terme, la solution nationale suisse Twint tiendra-t-elle le choc face aux services des géants étrangers de la tech? Et quelle confidentialité aura encore le moindre de nos achats?

C’est en intégrant tous ces paramètres que le paiement électronique pourra, sans dégâts, supplanter le cash.