Les travailleurs suisses sont de plus en plus stressés. C’est ce que montrent des résultats du Job Stress Index, étude réalisée tous les deux ans par Promotion Santé Suisse, que Le Temps a pu lire en exclusivité. Cette année, 2846 personnes actives entre 16 et 65 ans et domiciliées en Suisse ont répondu à l’enquête entre le 3 février et le 3 mars 2020. Juste avant un certain coronavirus.

Mais avant même la pandémie, les résultats étaient plutôt alarmants. A commencer par celui-ci: 28,7% des personnes actives se disent épuisées émotionnellement, alors que le taux était de 24% en 2014, année de la première enquête. «Cet épuisement peut être provoqué par de trop longues phases de stress, qui s’enchaînent, et une incapacité à récupérer, précise Catherine Favre, cheffe des relations publiques et membre de la direction de Promotion Santé Suisse. C’est un signal annonciateur de problèmes de santé.»

La mesure de l’épuisement émotionnel est faite sur la base d’affirmations que les participants jugent plus ou moins adaptées à leur réalité. Par exemple? «J’arrive à bien gérer la charge de travail» ou «Certains jours, je me sens déjà fatigué avant même de me rendre à mon travail».

En zone orange

D’autres chiffres montrent une claire détérioration de l’état de stress des actifs: le pourcentage de personnes qui se trouvent en situation critique, à savoir celles qui ont nettement plus de contraintes que de ressources au travail, est passé d’environ un quart en 2014 à environ un tiers en 2020. Parmi les ressources, on peut citer la marge de manœuvre ou le soutien du supérieur, et parmi les contraintes, la pression temporelle ou les problèmes d’organisation du travail.

En moyenne, les participants à l’enquête estiment disposer d’un tout petit peu plus de contraintes que de ressources au travail (50,83 points sur 100, presque l’équilibre). Un résultat qu’on ne peut cependant pas qualifier de bon. «De 0 à 45 points, on serait dans le vert, détaille Catherine Favre. A plus de 54, dans le rouge. La moyenne des participants se situe donc en zone orange. Mais l’important est aussi de voir comment cette moyenne évolue, et ces dernières années, elle est en hausse, de même que le pourcentage des personnes dans la zone rouge qui est passé de 24,8% en 2014 à 29,6% en 2020.»

L’impact inconnu du coronavirus

Des actifs en zone orange avant même le coronavirus, donc. Faut-il s’attendre à une explosion du stress lors de la prochaine enquête? Pas forcément. «Les mesures de protection et en particulier le travail à distance ont eu un impact indiscutable sur les conditions de travail, estime Catherine Favre. Mais le télétravail a été vécu de manière très différenciée selon la fonction, les conditions de logement, la présence ou non d’enfants… Chez certaines personnes, le stress a été accru, alors que pour d’autres il s’est réduit.» Des différences qui seront analysées lors de la prochaine enquête auprès des mêmes personnes, qui aura lieu exceptionnellement en 2021 et non pas en 2022 comme prévu initialement. Pour mieux mesurer l’effet du bouleversement que représente le coronavirus.

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