Nul n’est censé ignorer la loi. Après avoir enfreint sa quarantaine, le patron de Credit Suisse, António Horta-Osório a pourtant joué la carte de l’ignorance. L’étendue de l’affaire a été révélée ce mercredi par le Blick. Tandis que l’émergence du variant Omicron a contraint l’OFSP à élargir sa liste des pays à risque, le numéro un du groupe bancaire a volé vers la Suisse, depuis Londres, à bord de son jet privé le 28 novembre. Depuis le 27 novembre, les voyageurs en provenance du Royaume-Uni, notamment, ont l’obligation de présenter un test négatif et de se placer 10 jours en quarantaine.

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Voyage en Espagne

«Le président du conseil d’administration le sait: des proches le lui font remarquer à plusieurs reprises. Il arrive à Zurich le dimanche après-midi et se rend immédiatement à son domicile suisse de Wollerau. […] Mais il n’entend pas rester cloîtré ici, il commence à se renseigner pour savoir s’il peut être libéré de la quarantaine ou si celle-ci peut au moins être raccourcie», détaille le Blick.

Ce dernier aurait alors chargé l’ancien conseiller national, Felix Gutzwiller, d’obtenir des réponses quant à une éventuelle exception de quarantaine auprès du canton, puis de la Confédération. «Les deux instances sont catégoriques: aucune exception n’est possible. Le refus est véhément et appuyé: elles précisent qu’aucune instance politique n’accorderait de dérogation spéciale à un manager à ce stade de la pandémie», rapporte le quotidien.

Pourtant, António Horta-Osório quitte le pays pour l’Espagne le 1er décembre, violant ainsi la quarantaine à laquelle il était soumis. «J’ai involontairement violé les règles de quarantaine suisses en quittant le pays prématurément le 1er décembre. Je regrette sincèrement cette erreur. Je présente mes excuses et je veillerai à ce que cela ne se reproduise plus», a-t-il reconnu dans un communiqué. Le groupe bancaire a également fait part de ses regrets quant à l’affaire. «Credit Suisse reconnaît à regret qu’il y a eu une violation des règles de quarantaine liées aux activités de voyage de son président. Le respect des lois et directives applicables est une priorité absolue pour Credit Suisse et pour le président».

Un conseil d’administration perturbé

António Horta-Osório se trouve désormais à New York pour une réunion de son conseil d’administration ce jeudi. Et il y a fort à parier que la violation de quarantaine du président soit à l’ordre du jour. «Le vice-président Severin Schwan, qui occupe également le poste de CEO du géant pharmaceutique Roche, a déjà été informé des agissements du président», souligne le Blick.

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Intronisé à la présidence de Credit Suisse en juin dernier, António Horta-Osório a été choisi pour succéder à Urs Rohner dans un contexte fragile. En début d’année, le groupe bancaire a été échaudé par ses culbutes successives avec le fonds spéculatif Archegos et la société d’affacturage Greensill. L’ancien directeur général de Lloyds, qui s’est forgé une solide réputation pour avoir redressé la banque britannique, avait promis de remettre la gestion des risques au centre de la culture de Credit Suisse et lancé une revue stratégique.

«La grande banque peut-elle se permettre que son plus haut représentant ait enfreint la loi sur les épidémies, questionne alors le Blick. C’est la question à laquelle Severin Schwan et le reste du conseil d’administration devront répondre demain à New York».