António Horta-Osório renonce à la présidence de Credit Suisse. Le groupe bancaire a annoncé son départ, lundi, avec effet immédiat. La nouvelle intervient plusieurs semaines après la découverte de deux quarantaines soigneusement évitées par le numéro un du groupe bancaire. En pleine émergence du variant Omicron, António Horta-Osório, de retour du Royaume-Uni, avait écourté sa quarantaine pour se rendre en Espagne. Ce dernier avait reconnu une erreur tandis que Credit Suisse se retrouvait empruntée par cette nouvelle polémique.

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«Je regrette qu’un certain nombre de mes actions personnelles aient entraîné des difficultés pour la banque et compromis ma capacité à représenter la banque en interne et en externe», a déclaré António Horta-Osório dans un communiqué. Le désormais ex-président de la banque avait également enfreint l’obligation de quarantaine à laquelle il aurait dû se soumettre en juillet dernier lors de son arrivée en Angleterre pour la finale de Wimbledon.

Avertissement

Le groupe bancaire se trouvait alors dans l’embarras tandis qu’aucune sanction n’avait été prise à l’encontre d’António Horta-Osório. Le manque d’intégrité du numéro un de la banque n’a pas manqué de susciter l’ire de certains collaborateurs en Suisse, mais aussi en Angleterre et aux Etats-Unis, révélait le Tages-Anzeiger au début du mois. Une autre pierre d’achoppement concernait l’utilisation de jet privé par le numéro un du groupe alors que les bonus distribués étaient moins conséquents en 2021. «Le conseil d’administration ne pourra pas éviter de commenter les événements […] Le président n’a évidemment pas à craindre d’être mis à la porte, mais le conseil d’administration risque de le réprimander dans les prochaines semaines», détaillait ainsi le quotidien alémanique, évoquant la menace d’un blâme pour António Horta-Osório.

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Le scénario qui s’est profilé lundi est tout autre. «Nous respectons la décision d’António et lui devons un immense merci pour son leadership dans la définition de la nouvelle stratégie, que nous continuerons à mettre en œuvre au cours des mois et des années à venir», a souligné Severin Schwan, vice-président et administrateur principal indépendant du conseil d’administration dans le communiqué.

Axel Lehmann entré en fonction

Intronisé à la présidence de Credit Suisse en juin dernier, António Horta-Osório avait été choisi pour succéder à Urs Rohner dans un contexte fragile. En début d’année, le groupe bancaire a été échaudé par ses culbutes successives avec le fonds spéculatif Archegos et la société d’affacturage Greensill. L’ancien directeur général de Lloyds, qui s’est forgé une solide réputation pour avoir redressé la banque britannique, avait promis de remettre la gestion des risques au centre de la culture de Credit Suisse et lancé une revue stratégique.

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«Axel Lehmann en tant que nouveau président, avec sa vaste expérience internationale et suisse de l’industrie, est idéalement placé pour faire avancer la transformation stratégique et culturelle de la banque», poursuit Severin Schwan. Ancien membre du directoire d’UBS, Axel Lehmann a été élu membre du conseil d’administration de Credit Suisse en octobre 2021. Il a travaillé pendant près de 20 ans pour l’assureur Zurich Insurance. Il a actuellement des mandats auprès de plusieurs institutions académiques, notamment un poste de professeur titulaire à l’université de Saint-Gall. Entré en fonction ce lundi, il sera proposé à l’élection en tant que président du conseil d’administration lors de l’assemblée générale du 29 avril prochain.

En bourse, la nouvelle a été plutôt mal accueillie, le titre ouvrant en baisse de près de 2%. «Après (au moins) deux violations de règles de quarantaine, Antonio Horta-Osorio a perdu ses soutiens après seulement huit mois, résultant en un problème de crédibilité pour quelqu'un qui s'était engagé à développer une culture de responsabilité personnelle», souligne Andreas Venditti, analyste chez Vontobel. Son successeur devra «stabiliser» la banque. Sur ce point, l'analyste de la Banque cantonale de Zurich est plutôt positif: «Il amène une expérience large de la scène bancaire suisse». Mais Michael Kunz reste prudent: «Au vu du nombre de tentatives dans cette direction ces dernières années, il reste à voir s'il sera lui capable de ramener Credit Suisse dans des eaux plus calmes pour que la banque puisse se concentrer pleinement sur les activités opérationnelles.»