Conjoncture

Le président finlandais réélu sur fond de reprise

Sauli Niinistö a été reconduit dimanche à son poste pour une nouvelle période de six ans. Les électeurs ont salué le retournement de la situation économique. Après une profonde crise liée notamment à l’effondrement de l’économie russe et à l’échec de Nokia, le pays nordique a renoué avec la croissance

Lappeenranta revit. A quelque 220 kilomètres d’Helsinki, cette petite ville, qui compte une quinzaine de supermarchés géants, attire de nouveau des dizaines de cars remplis de clients russes chaque jour. Début 2015, les magasins, hôtels et restaurants étaient désespérément vides. Moscou avait alors été frappé de plein fouet par les sanctions américaines et européennes et le rouble s’était fortement dévalué. Il fallait jusqu’à 90 roubles pour un euro en janvier 2015. En ce début d’année, il en faut environ 70. Résultat: le shopping transfrontalier est reparti.

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Ce retournement de situation est l’un des facteurs ayant conduit à la reprise en Finlande. Pour Eric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG School of Management de l’Université catholique de Lille, cette nouvelle donne a aussi permis la réélection dimanche, dès le premier tour, du président finlandais conservateur Sauli Niinistö pour un nouveau mandat de six ans. Selon lui, la bonne santé de l’économie finlandaise s’explique notamment par le fait que le voisin russe va mieux. «L’économie finlandaise y est très sensible, dit-il. La Russie constitue un débouché majeur pour ses exportations.» D’après le professeur, la relance de l’économie russe est elle-même liée à la hausse des prix pétroliers et gaziers depuis plusieurs mois.

Hockey et opéra avec Vladimir Poutine

«Les électeurs finlandais ont voté pour Sauli Niinistö parce qu’il entretient des relations politiques et économiques très pragmatiques avec la Russie, poursuit Eric Dor. Le président a réussi à s’assurer la protection du bouclier nucléaire de l’Alliance atlantique sans offusquer Moscou.» Selon l’AFP, Sauli Niinistö cultive avec le président russe Vladimir Poutine «une relation courtoise entre match de hockey et soirée à l’opéra».

«La santé retrouvée de l’économie finlandaise est aussi liée à sa reconversion industrielle», poursuit Eric Dor. En effet, le groupe Nokia, autrefois numéro un mondial du téléphone portable, a raté le virage du smartphone dans les années 2010. Résultat: des dizaines de milliers d’emplois étaient passés à la trappe et l’économie s’était fortement ralentie. Entre 2008 et 2016, le secteur industriel avait connu une chute de 55%. La part de produits informatiques et électroniques, qui avait atteint 5,3% du produit intérieur brut en 2008, a dégringolé à 2,1% en 2016.

Eric Dor tient à rappeler que la Finlande avait déjà été victime dans les années 2000 de la forte chute de la demande mondiale de papier, dont elle était l’un des plus grands producteurs.

«Angry Birds», un grand succès

Grâce à un système d’éducation adapté – qui correspond à la demande du marché du travail – et aux mesures incitatives mises en place par l’Etat, les ingénieurs finlandais se sont lancés dans les start-up technologiques à succès. Ils ont percé notamment dans le domaine médical et dans l’animation, à l’instar du jeu Angry Birds. Cette série de jeux vidéo se déploie sur smartphones et tablettes et a généré en 2015 plus de 3 milliards de téléchargements.

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La croissance est désormais au rendez-vous. Avec un taux de 2,82% au troisième trimestre 2017 par rapport à la même période l’année précédente, elle est même plus solide que les 2,5% de la zone euro. Le chômage reste néanmoins à un niveau élevé, à 8,4%. Le nombre de salariés dans le secteur manufacturier est passé de 410 000 en 2008 à 310 000 à la fin de l’année dernière.

«Cette évolution n’est pas dramatique, relativise Eric Dor. La Finlande a mis en place un système social très protecteur.» Il affirme que la population n’a pas trop souffert de cette situation. La preuve selon lui: le revenu disponible des ménages finlandais reste l’un des plus élevés du monde. Selon Eurostat, en 2015, année où le pays était en pleine crise, le revenu disponible était de 24 000 euros, derrière le Luxembourg, le Danemark et la Suède.

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