«Nous avons de quoi être très fiers de notre cadre réglementaire. A la lumière des incertitudes issues du Brexit et de l’élection présidentielle aux Etats-Unis, il pose la place financière suisse comme un pôle de stabilité», s’est réjoui Herbert Scheidt, le nouveau président de l’Association suisse des banquiers (ASB), lors d’une rencontre avec les médias romands mercredi soir à Genève.

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Lorsque la Loi sur les services financiers (LSFin) et celle sur l’infrastructure des marchés financiers (LIMF) seront définitivement approuvées par les Chambres, elles compléteront le dispositif mis en place ces dernières années: des dispositions sur les banques trop grandes pour faire faillite (TBTF) «meilleures que dans beaucoup d’autres pays» et un système d’échange automatique de renseignements considéré désormais comme «une précondition pour faire des affaires au plan international».

Et même le défi posé par l’initiative sur l’immigration de masse n’en semble plus un, aux yeux de l’organisation. «La loi d’application en cours de discussion aux Chambres va dans la bonne direction», a affirmé Claude-Alain Margelisch, son directeur.

Le secret bancaire «fait partie de l’histoire»

Les banquiers ont le sentiment de revenir de loin car, comme ils l’ont rappelé, beaucoup d’entre eux craignaient leur fin venue lorsque le secret bancaire a été mis à mort en 2009. Faisant désormais «partie de l’histoire», ce dernier n’est plus un argument de protection face au fisc, mais demeure essentiel en matière de protection de la vie privée, ont-ils rappelé.

Néanmoins, plusieurs défis restent dressés sur leur chemin. Dont le plus important, et aussi le plus difficile à surmonter: l’accès au marché des services financiers européens, accès tant désiré depuis que les banques ne peuvent plus s’abriter derrière le secret bancaire. «Cela reste notre priorité», a asséné Claude-Alain Margelisch.

Une priorité lointaine toutefois, vu qu’elle ne pourra être discutée avec l’UE que lorsque la question de l’immigration sera réglée et que l’accord institutionnel sera sous toit. Autrement dit, selon un calendrier que nul, au sein de l’ASB, ne se hasarde à identifier précisément.

Des accords avec la France et l’Italie

Entre-temps, l’organisation oriente ses efforts vers la conclusion d’accords bilatéraux avec la France et avec l’Italie sur le modèle de celui conclu avec l’Allemagne l’an dernier. Mais elle ne s’attend pas à des avancées rapides en raison de la proximité de l’élection présidentielle française et des inconnues liées au référendum sur la réforme de la Constitution italienne.

L’ASB juge par ailleurs essentiel que la Confédération continue de conclure des accords d’échange automatique d’informations avec d’autres pays afin d’éviter tout risque de voir la Suisse de nouveau inscrite sur des listes noires. «Nous en avons conclu près de quarante. Mais d’autres pays en ont davantage. Et nous ne sommes pas parmi les «early adopters» (premiers participants)», a plaidé Herbert Scheidt.

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Les banques n’en ont pas fini avec les nouvelles exigences réglementaires

Le hasard a voulu que deux conférences sur les défis d’avenir du secteur financier se tiennent le même jeudi dans le même grand hôtel de la rive droite de Genève. L’une, Academy & Finance, focalisée sur la réglementation. L’autre, Shorex, consacrée aux investissements. Les interventions du public y ont témoigné de l’écart entre les propos des hauts responsables de la place financière et les réalités vécues dans les entreprises.

Dans quelle mesure le banquier peut-il être tenu pour responsable lors de procédures judiciaires? Comment un gérant peut-il savoir s’il doit dénoncer son client ou non? Telles sont les questions – régulièrement posées lors de ce type de conférence – entendues à l’issue d’une présentation de Stiliano Ordolli, chef du Bureau de communication en matière de blanchiment d’argent (MROS). Une inquiétude que balaye l’orateur: «on ne vous demande pas de savoir, mais de transmettre le soupçon. C’est au procureur d’étayer, ou non, le soupçon».

Blanchiment à distance

Autre inquiétude, similaire: Est-ce que les règles punissant le blanchiment d’une fraude fiscale commise par un client vivant à l’étranger sont applicables? Indiscutablement oui, répond l’orateur. La loi sur le blanchiment s’applique au lieu où l’argent a été blanchi, indépendamment du lieu de résidence du client.

Ce qui est mis en évidence, au travers de ces questions, c’est le risque que courent les entreprises mêlées à une enquête. «Le réseau toujours plus dense de communication des procédures a généré une occurrence de cas», a relevé l’avocat Paolo Bernasconi, citant notamment les affaires Petrobras, 1MDB et Fifa et leurs ramifications dans les banques suisses. Or, déplore l’avocat et ancien procureur, «les entreprises ne gèrent toujours pas suffisamment leurs risques légaux et de réputation».

Dans la salle voisine, les inquiétudes du public concernent l’arrivée des robo-advisors, ces systèmes de gestion automatisée. «Comment créer la confiance du public autour de ces nouveaux procédés?» interroge le public. «Par la transparence», répond le panel, constitué de professionnels s’étant débarrassés de leur cravate.