Le Temps: Comment évaluez-vous la perte d'image après la chute de Lehman Brothers?

Roger Studer: Le cas Lehman Brothers est à considérer dans le cadre plus large de la crise des marchés financiers, bien au-delà du marché des produits structurés. La défaillance d'un émetteur est sans aucun doute très grave. Mais je souhaite qu'à l'avenir les investisseurs s'intéressent plus à la qualité de leurs placements et qu'une politique de prix agressive ou des rendements élevés ne soit plus leur critère principal de décision.

- Le marché des produits structurés pourra-t-il survivre aux nombreuses condamnations provoquées par la disparition de Lehman Brothers?

- Les produits structurés offrent des avantages très spécifiques, par exemple la mise en œuvre d'une certaine perception du marché, une répartition ciblée des risques ainsi que l'accès à des marchés, à des thèmes et à des catégories d'actifs. La faillite de Lehman Brothers n'y change rien.

- Faut-il faire quelque chose pour que l'investisseur comprenne mieux ce qui distingue les rôles de l'émetteur et du vendeur?

- Les informations destinées aux investisseurs ont été déjà beaucoup étoffées dans le passé, car la transparence est, au bout du compte, aussi dans l'intérêt de l'émetteur. A cet égard, l'Association suisse des produits structurés (ASPS) apporte une contribution essentielle.

- En dépit des turbulences, le mécanisme des cours des produits structurés a été, jusqu'à récemment, analogue à celui du marché des actions. Est-ce que cela a aussi été le cas en octobre?

- S'agissant de la volatilité, le mois d'octobre n'a connu aucun précédent et n'est, par conséquent, pas représentatif de la qualité du marché secondaire d'un émetteur.

- Le marché des produits structurés présente un avantage concurrentiel sur les fonds. Les produits sont lancés rapidement en réponse aux besoins de la clientèle. Si une vague de régulation arrive, est-ce que cette situation perdurera?

- Ces deux instruments se complètent et ne sont pas nécessairement en concurrence. L'important est que le processus d'autorégulation se poursuive.

- Pensez-vous qu'il y aura un changement des réglementations concernant les produits structurés?

- Il n'y a pas de discussions à ce sujet pour le moment.

- En quoi la réglementation pourrait-elle être améliorée afin de mieux protéger l'investisseur? Qu'est-ce qui pourrait être contre-productif?

- Je ne suis pas partisan d'une régulation. Il est beaucoup plus important de diffuser des informations claires et d'avoir des produits aisément compréhensibles. Une régulation ne décharge pas les investisseurs de leur responsabilité propre s'agissant de leurs décisions ou de l'opinion qu'ils ont du marché.

- Comment un investisseur peut-il évaluer le risque d'un émetteur, alors que même Credit Suisse n'a pas su estimer celui de Lehman Brothers?

- La crise du marché financier a pris toute la branche par surprise. Comme je l'ai dit, il faut considérer ce cas dans un contexte plus large.

- Selon la définition, les produits structurés sont la somme d'une option et d'une obligation. Le risque se situe-t-il plus du côté de l'obligation?

- Les produits structurés sont soumis à plusieurs risques, par exemple, le risque d'émetteur ou les risques de marché. Cela vaut tant pour la partie option que pour la partie obligation.

- Vous avez prédit qu'en Suisse, les produits structurés constitueront à l'avenir 10% du portefeuille. Maintenez-vous votre prévision?

- A l'heure actuelle, leur part se monte à 6,72% des portefeuilles. A court terme, une baisse est fort probable, mais à long terme, cette part augmentera à 10%, j'en suis persuadé.

- Quelles catégories de produits (levier, participation, protection du capital, optimisation de la performance) détiennent-elles les meilleures cartes pour les douze prochains mois? Et pour les cinq années à venir?

- Selon le titre sous-jacent, le marché ou la situation, les quatre catégories offrent des occasions prometteuses d'investir - que ce soit à moyen ou à long terme.

- Quand l'investisseur pourra-t-il véritablement tout comparer (coûts, rendements), comme pour les fonds?

- Grâce à la concurrence régnant sur le marché suisse, l'investisseur peut aujourd'hui déjà comparer les caractéristiques des produits, telles que le coupon ou la barrière.

- Quelle sera l'influence de la réforme Mifid sur le marché des produits structurés?

- Une des conséquences sera certainement un élargissement de la diversification au niveau des émetteurs, ce qui est favorable à l'investisseur.

- Il n'y a pas seulement des émetteurs et des acheteurs, il y a aussi des cogérants, des conseillers et d'autres intermédiaires. Comment le marché va-t-il se développer?

- Des marchés qui affichent des taux de croissance à deux chiffres attirent immanquablement de nouveaux concurrents.

- Quels sont les objectifs de l'ASPS en fonction des risques?

- Depuis sa fondation, l'ASPS s'est fixé pour objectif d'accroître les connaissances sur les produits structurés par une communication active et continue. Elle réalise cet objectif en publiant régulièrement des informations sur le marché des produits structurés et son environnement. En outre, l'ASPS affine en permanence la catégorisation des produits, afin de couvrir le mieux possible tout leur univers. Depuis le début de l'année, une harmonisation est en cours en Europe qui vise à créer une organisation faîtière, ce qui représente également une évolution réjouissante.

- L'ASPS a-t-elle un rôle à jouer dans la formation des investisseurs? Ou est-ce le rôle des fournisseurs?

-La formation et le perfectionnement des investisseurs devraient être assurés par tous les acteurs du marché, qu'ils soient émetteurs, conseillers ou association. Pour leur part, les émetteurs publient des informations. La banque Vontobel, par exemple, gère un portail sur Internet appelé Derinet (http://www.derinet.ch). L'association a également réalisé de nombreux projets d'information, comme le lancement et le développement de la Swiss Derivative Map ou l'organisation du Salon suisse de la finance sur les produits structurés qui se déroule chaque année à Zurich et à Gèneve.