«Il nous faut restaurer la confiance.» Le message de Marc Ravalomanana, président de Madagascar, est limpide. Invité mardi à inaugurer le Salon Ema Invest (4e Salon des investissements et des partenariats), qui se tient à Genève jusqu'au 31 janvier, l'homme d'Etat a profité de sa présence pour rappeler aux investisseurs cette priorité. Un souci qui s'explique par l'année chaotique traversée par la république malgache. Les troubles remontent à fin 2001, soit au lendemain du premier tour des élections présidentielles. A l'issue du scrutin, Marc Ravalomanana, alors challenger, revendique la victoire. Il refuse un second tour au président sortant Didier Ratsiraka, qu'il accuse de fraude. Une grave crise suit. Des élections législatives, tenues en décembre, permettent finalement d'asseoir la position de Marc Ravalomanana qui s'était dans l'intervalle autoproclamé président.

Ayant choisi la Suisse pour sa première visite en Europe (premier pays à avoir reconnu sa légitimité), le président a expliqué qu'après avoir bouclé le volet institutionnel suite aux élections de décembre, il s'attelle aujourd'hui à convaincre les investisseurs de revenir dans son pays. «L'établissement d'une stabilité politique, l'amélioration de la sécurité et la facilité du transfert des profits», énumère-t-il, sont les axes prioritaires de son action. Après les récentes élections, l'homme d'Etat souhaite maintenant intensifier la lutte contre la corruption à travers la mise en place d'un nouvel appareil judiciaire. A cette action politique s'ajoute la reconstruction d'un pays touché par plusieurs mois de guerre civile. Un redressement qui ne pourra se réaliser sans la bienveillance des Etats industrialisés. Dans ce contexte, Marc Ravalomanana veut convaincre «les grands pays et les bailleurs de fonds internationaux» d'annuler la dette extérieure (près de 4 milliards de dollars) de Madagascar.

Commentant cette arrivée au pouvoir, Jean-Pierre Gontard, professeur à l'Institut universitaire d'études du développement (IUED) à Genève, est optimiste. «Deux caractéristiques du peuple malgache me donnent bon espoir, note-t-il, leur sobriété et leur ingéniosité. Ils consomment peu et s'avèrent capables d'inventer, de s'adapter. Ils sont en ce sens plus asiatiques qu'africains». Des capacités dont le président Marc Ravalomanana entend profiter lui qui veut développer la sous-traitance dans le secteur du textile comme à l'île Maurice. Cette voie n'enthousiasme toutefois pas Jean-Pierre Gontard qui met en avant une croissance dangereuse des villes.