Finances publiques

Le président Zuma plonge l’Afrique du Sud dans une crise de confiance

Le licenciement du Ministre des finances provoque la consternation dans le pays et la méfiance dans le reste du monde. Le rand est en chute libre, tandis que les finances publiques se dégradent

Le premier Sud-Africain noir à occuper le poste de ministre des Finances, le très compétent Nhlanhla Nene, a été limogé mercredi soir par le président Jacob Zuma. Le rand a aussitôt chuté de 10% par rapport au dollar, atteignant un record historique à la baisse. Dans la foulée, la note des quatre banques sud-africaines a été dégradée par l’agence de notation Fitch au niveau le plus bas.

En poste depuis seulement dix-huit mois, Nene a été remplacé par Des van Rooyen, un parlementaire sans expérience. Ni l’intéressé, ni aucun ministre ou dirigeant du congrès (ANC) n’avaient été mis dans la confidence. Les réactions de choc ont fusé: «N’importe quelle personne sensée a de quoi s’inquiéter» de l’état de l’économie, a déclaré Gwede Mantashe, le secrétaire général de l’ANC. L’ex-ministre des Entreprises, Barbara Hogan, a été la plus virulente: «Notre pays serait mieux sans cet homme comme président».

Volte-face de Zuma

Vendredi, Le chef de l’état a tenté de justifier sa décision par le choix de Nene comme candidat à la direction de la nouvelle banque de développement des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). Dimanche soir, le président a finalement fait volte-face et changé son ministre des Finances pour la deuxième fois en quatre jours, rappelant Pravin Gordhan au poste de ministre du Trésor pour tenter de rassurer les marchés.

Mais personne n’est dupe: l’ex-grand argentier Nhlanhla Nene a déplu au chef de l’Etat. Le 3 décembre, il avait empêché Dudu Myeni, à la tête de la compagnie d’aviation SAA, de rompre un contrat signé avec Airbus. Myeni, qui préside aussi la Fondation du chef de l’Etat, serait intouchable. Samedi, la présidence a démenti «les rumeurs sur une relation romantique» avec Zuma…

Un argentier trop discipliné

Quoi qu’il en soit, Nene aurait aussi eu le tort de s’opposer à la volonté du président d’acheter 6 à 8 centrales nucléaires à la Russie. Enfin, dans son souci de freiner l’envolée des dépenses publiques, l’ancien ministre aurait bloqué des travaux dans la maison privée de Zuma à Nkandla, qui ont déjà coûté plus de 30 millions de dollars au fisc. «La décision de Zuma est considérée comme une interférence politique et les marchés ont montré ce qu’ils en pensent», commente Andrew Finlayson, du fonds d’investissement Maven Wealth, cité par l’agence Bloomberg.

Le profil de risque de l’Afrique du sud s’est rapproché cette semaine de celui des autres pays émergents en difficulté (Brésil, Russie, Turquie). Pourtant, Pretoria a des atouts: une devise très échangée, une dette étrangère réduite, de fortes liquidités, une discipline fiscale et une bonne gouvernance des entreprises. Mais le pays porte le poids d’une fonction publique de plus en plus lourde: la facture des salaires a doublé, entre 2009 et 2014, alors que la croissance économique (1,2% en 2015) est plombée par la chute des cours des matières premières. Alors que la dette publique a doublé depuis 2008 (passant de 22 à 45% du PIB), Nene a tenté en vain de s’opposer, cette année, à une énième hausse des salaires des fonctionnaires supérieure à l’inflation.

Prochain test dès janvier

L’Afrique du sud souffre aussi d’une paralysie politique: la stratégie de croissance, adoptée en 2009, est restée dans les cartons. Les réformes structurelles (infrastructures, restructuration des entreprises publiques, etc.) sont trop lentes. Si l’Afrique du sud a jusqu’à présent échappé au scénario brésilien d’une chute rapide, c’est en raison de l’indépendance du Trésor et de la Banque centrale, qui ont maintenu une discipline fiscale.

Le nouveau ministre des Finances sera-t-il assez fort d’indépendance «pour résister à l’escalade constante des pressions en faveur d’une hausse des dépenses publiques?», s’interroge Rian le Roux, économiste au groupe d’investissement Old Mutual. Peu instruit, Zuma ne comprend rien à l’économie. Alors que sa popularité est en chute libre, certains redoutent une dérive populiste. En attendant, Fitch a dégradé, dès vendredi, la note des banques sud-africaines au niveau le plus bas. La note souveraine de l’Afrique du sud avait déjà été déclassée à BBB- par Standard & Poor’s. Elle pourrait tomber dans la classe des investissements spéculatifs dès 2016. Le budget, qui sera présenté en février par le nouveau ministre, aura valeur de test.

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