Sa nomination, début 1998, avait surpris jusqu'au sein d'Ericsson. Son renvoi, mercredi, aura tout autant pris de court. Sven-Christer Nilsson sera donc reparti aussi brusquement qu'il est arrivé. Il y a un an et demi, personne n'aurait parié une couronne suédoise sur lui, pour remplacer Lars Ramqvist, parti présider le conseil d'administration du groupe. Inconnu du public, Sven-Christer Nilsson dirigeait jusqu'alors l'unité en charge du standard américain de téléphonie mobile (AMPS) au sein d'Ericsson, où il était entré seize ans plus tôt. Officier de réserve de l'armée suédoise, on le disait bon meneur d'équipe. Il ne réussira pourtant jamais vraiment à le démontrer à la tête d'une «armée» de quelque 100 000 employés.

Principal reproche adressé à Sven-Christer Nilsson par son propre conseil d'administration: son manque de leadership à la tête du fleuron de l'empire industriel et financier de la famille Wallenberg. Le conseil, qui a décidé de son renvoi immédiat, le reconnaît implicitement dans un communiqué publié mercredi: il ne s'agit pas de critiquer la stratégie actuelle suivie par la firme – elle sera «poursuivie» – mais de lui donner un nouvel élan. «Il existe maintenant un besoin pour un rythme accru dans les efforts de restructuration» en cours, souligne le conseil. Et celui-ci d'insister sur «les vigoureuses qualités de chef» de Kurt Hellström, le successeur de Sven-Christer Nilsson au poste de président de la direction. Entré à Ericsson en 1984, ce dernier était jusqu'à mercredi vice-directeur général du groupe pour l'Asie-Pacifique. Il travaillera en tandem avec Lars Ramqvist, qui redevient directeur général en plus de ses fonctions de président du conseil d'administration.

Selon les experts, Sven-Christer Nilsson n'a pas su réorienter suffisamment vite les activités du groupe vers le marché des communications intégrant voix, données et multimédias. Un marché à très fort potentiel. Entreprise l'an dernier, cette restructuration se traduira par une suppression de 11 600 salariés d'ici à fin 2000, soit plus d'un dixième de la main-d'œuvre totale. «Pas même les nouvelles générations de téléphones mobiles peuvent compenser cette baisse», avait expliqué Sven-Christer Nilsson il y a quelque temps. Le problème, c'est que même sur ce marché-là, le groupe a été pris de vitesse par le finlandais Nokia, mais aussi par l'américain Motorola. Ericsson s'est vu reprocher de ne pas sortir assez de nouveaux modèles par rapport à ses rivaux.

Les résultats financiers de la firme en ont pâti: son bénéfice net au premier trimestre 1999 a chuté de moitié (à 240 millions de FS) et son chiffre d'affaires n'a augmenté «que» de 8% (à 6,67 milliards de FS). La vente des téléphones mobiles, elle, a diminué de 12% en valeur, malgré une hausse de 37% en unités. On reproche enfin à Sven-Christer Nilsson d'avoir commis des erreurs de communication externe à l'occasion de l'annonce de révisions à la baisse des bénéfices prévus. Bref, «c'est la crise» à Ericsson, résume Philip Townsend, analyste chez Arnold & Bleinröder, cité par l'agence Bloomberg.

Les marchés ont immédiatement réagi. Le cours d'Ericsson a dégringolé de plus de 8% mercredi à la Bourse de Stockholm, dont l'index général a baissé de 2,6%. En choisissant une nouvelle direction mêlant sang neuf (Kurt Hellström) et expérience (Lars Ramqvist), le conseil d'administration espère réinstaurer une confiance largement entamée. Laconiquement remercié pour sa «contribution de valeur», Sven-Christer Nilsson, lui, se retire avec un très confortable «parachute» correspondant à deux ans de salaire, soit 2,58 millions de francs suisses.