Monnaie

La presse à billets est-elle plus rentable en Suisse?

La hausse quasi verticale du cours de l’action de la Banque nationale suisse (BNS), avec plus de 530 points en seulement deux ans, pourrait le suggérer. Ou bien la BNS est-elle en train de créer une nouvelle monnaie cryptographique? Probablement pas

Bien évidemment, tout est plus facile pour un investisseur qui peut imprimer lui-même son argent. Qui n’apprécierait pas un tel paradis? Mais pourquoi alors cette différence entre le cours des actions des trois banques centrales? Car, de ce point de vue du moins, les autres banques centrales ne sont pas en reste. Bien au contraire: au cours des dix dernières années, la Banque centrale du Japon a même créé cinq fois plus de nouveaux capitaux que la BNS. Toutes deux comptent aujourd’hui parmi les principaux investisseurs au monde. Même si la performance de ses portefeuilles de placement a été excellente l’année dernière, l’envolée du cours de l’action de la BNS surprend. Existe-t-il des raisons objectives à ce phénomène? Les monnaies électroniques? Les cryptomonnaies? Ou les actions de la BNS ont-elles une valeur sentimentale?

Après tout, seules quelques actions sont négociables sur les 100 000 titres en circulation de la Banque nationale suisse, et les statuts interdisent au dividende de dépasser 15 francs par action – un investisseur privé ne devrait donc pas obtenir grand-chose des gains de la BNS. La plupart des titres sont détenus par la Confédération et les cantons. Le volume quotidien avoisine les 100 actions par jour. Il est donc bien possible que le cours des actions des banques nationales reflète moins leur réussite que les conditions monétaires effectives dans leur pays. On peut toutefois constater que le cours de l’action de la BNS atteste sa performance positive sans pour autant dénigrer celle de l’une ou l’autre de ses homologues. C’est une bonne nouvelle, car la stabilité politique de la Suisse est l’un des principaux piliers de notre réussite économique et sociale. Elle constitue également un facteur central du succès de la Suisse dans le développement conceptuel et technologique de l’argent.

La valeur tient à la confiance davantage qu’à la technologie

Autrement dit, la Suisse ne réussirait pas aussi bien dans le développement de nouvelles pistes pour le trafic des paiements et les systèmes financiers sans une politique monétaire aussi performante. Bien sûr, les monnaies électroniques ne datent pas d’hier. Elles existent au moins depuis l’introduction des cartes de crédit. Mais d’un point de vue conceptuel, elles sont naturellement précédées par l’idée de création monétaire par les banques commerciales. Ce principe salutaire existe même depuis plus longtemps, à savoir depuis l’introduction du régime de monnaie-fiat au XVIIIe siècle. Peu importe que les écritures soient inscrites sur du papier ou mémorisées en bits – le progrès déterminant a consisté à libérer l’économie du processus de troc, et à permettre de multiplier le capital mobilisable grâce à la création de monnaie. Ce qui a favorisé le déclenchement de la première vague d’industrialisation.

Aujourd’hui, nous sommes à l’aube d’une période que beaucoup annoncent déjà comme la quatrième révolution industrielle. Une fois de plus, les systèmes financiers, les systèmes de paiement et leur développement technologique suscitent beaucoup d’attentes, d’espérances, mais aussi d’inquiétudes. Mais les superlatifs doivent être utilisés avec prudence. Ils sont actuellement en vogue lorsqu’il est question de monnaies électroniques ou du cryptage, de l’intelligence artificielle, de la numérisation et de la décentralisation.

Les monnaies électroniques, une évolution plus qu’une révolution

Ce que nous ne devons jamais oublier, c’est ce qui fait la véritable valeur d’une monnaie. Elle tient moins à la technologie qu’à la confiance dans l’Etat de droit et dans la puissance économique d’un pays: ces facteurs ne perdront jamais de leur importance. Ni le bitcoin ni d’autres moyens de paiement ne pourront jamais les remplacer. A cet égard, les monnaies électroniques relèvent moins d’une révolution que d’une évolution. Il est réjouissant de voir que la Suisse compte parmi les leaders de l’innovation sur ce marché important. Reste à espérer que nous conservions cette position en faisant preuve de discernement et de vertus intemporelles.

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