«Les mesures annoncées aujourd’hui écartent tout doute concernant la solidité de notre capitalisation», a déclaré mercredi Brady Dougan, le directeur de Credit Suisse, lors d’une conférence téléphonique. Mis sous pression par un rapport de la Banque nationale suisse à la mi-juin, le numéro deux bancaire a présenté un catalogue de mesures totalisant plus de 15 milliards de francs, comparé à des fonds propres de 35 milliards à fin juin.

D’où proviennent les 15 milliards de francs?

Credit Suisse a renforcé ses fonds propres à hauteur de 8,7 milliards de francs grâce à une série de mesures immédiates. Près de la moitié de montant, soit 3,8 milliards de francs, a été obtenue grâce au placement de 234 millions d’obligations à conversion obligatoire et conditionnelle («MACCS» en anglais) dotées d’un prix de conversion de 16,29 francs par action. La première moitié de ces titres a été achetée par des investisseurs existants, tels que le groupe Olayan basé au Qatar, le gérant d’actifs BlackRock ainsi que les sociétés Capital Research Global Investors et Norges Banks. S’y ajoute le fonds souverain singapourien Temasek. L’autre moitié de ces titres, qui peuvent être souscrits par des actionnaires existants, a été acquise par des investisseurs dits stratégiques. D’ici à fin 2012, d’autres mesures permettront à Credit Suisse de renforcer ses fonds propres à hauteur de 6,6 milliards supplémentaires.

Comment a réagi la BNS?

Grâce à ces mesures, le taux de fonds propres, tel qu’il sera requis d’ici à 2018 par les autorités suisses de réglementation, grimpera à 9,4% d’ici à fin 2012, comparé à 7% à fin mars. D’ici à fin 2018, ce ratio devra être porté à 10% pour satisfaire aux exigences de la Finma et à celles prévues dans le cadre de la réglementation sur les banques trop grandes pour faire faillite.

A l’aune des critères utilisés par la BNS, Credit Suisse effectue aussi des progrès importants: à fin mars, le ratio calculé sur la base des fonds propres en mesure d’absorber des pertes et des actifs pondérés des risques n’atteignait que 5,9% chez Credit Suisse, moins que chez UBS (7,5%). Grâce aux mesures annoncées hier, ce ratio grimpera à 10,8% à la fin de cette année chez Credit Suisse. La banque se rapprochera du ratio de 13% requis en Suisse d’ici à 2019. La BNS, dont le rapport sur les deux grandes banques avait fait plonger le cours du titre, à la mi-juin, a salué hier ces mesures qui «renforcent de manière substantielle la capacité de résistance de Credit Suisse». A la mi-juin, la BNS s’était montrée moins sévère envers UBS: fin mars, les fonds propres capables d’absorber les pertes représentaient 2,7% de la somme de son bilan en termes nets, contre 1,7% chez Credit Suisse.

Où en sont les économies?

L’objectif de réduire les coûts à hauteur de 2 milliards de francs d’ici à fin 2013 a été atteint avec un an et demi d’avance. Credit Suisse le rehausse à 3 milliards de francs, soit 1 milliard de plus d’ici à la fin de l’an prochain. Comment? Environ 450 millions devraient être économisés dans la gestion de fortune et 550 millions dans la banque d’affaires. La banque compte y parvenir grâce à «différentes initiatives d’efficience en matière de coûts». Quant aux conséquences sur l’emploi, Brady Dougan n’a pas voulu fournir plus de précisions à ce sujet hier. L’été dernier, la banque avait annoncé la suppression de 2000 emplois dans le monde, à quoi s’est ajoutée la réduction de 1500 postes communiquée en novembre.

Quels seront les coûts liés à l’enquête sur le Libor?

Les coûts liés à l’enquête sur la manipulation des taux Libor ne sont pas inclus dans ces prévisions. La semaine dernière, une étude de Morgan Stanley estimait que Credit Suisse pourrait être amenée à payer près de 1,4 milliard de dollars d’amende. Une étude qualifiée de «très théorique et pleine de suppositions», a estimé hier un porte-parole de la banque. Dans la documentation mise à disposition sur son site, Credit Suisse s’est limitée à souligner qu’elle «coopère entièrement avec les enquêtes en cours».