Pour André Linherr, courtier en vins, «l'ennemi de la viticulture vaudoise n'est plus à chercher en Valais ou à Genève, mais bien à l'étranger.» L'année 2001 pèse en effet comme une épée de Damoclès sur la production indigène de vin puisqu'à cette date, les frontières vont s'ouvrir à un contingent global d'importation de 170 millions de litres, rouges et blancs confondus. En prévision, le canton de Vaud mettait sur pied un groupe de réflexion dont les conclusions sont sans équivoque. René Bernhard, directeur de l'Office des vins vaudois: «En un mot on s'est endormi sur nos lauriers. Avec la protection des quotas d'importation, tout était trop facile.»

La marge de manœuvre n'est toutefois pas extrêmement large. Même s'ils ont gagné en régularité et en qualité, les produits vaudois ne disposent pas d'une image novatrice auprès des consommateurs. Certes, la vendange peu productive de l'année dernière (30 millions de litres contre une moyenne de 35 millions) et celle de cette année, probablement du même acabit, permettent de réguler des stocks tout à fait supportables avec 12 mois de couverture. Les prix subissent ainsi une pression moins forte mais leur niveau, à peu près identique à celui d'il y a dix ans, signifie une réduction des marges qui s'est déjà reportée sur le paiement de la vendange. Quant à la fonction de régulation qu'ont jouée jusqu'ici coopératives et grands encaveurs, elle fera bientôt partie du passé.

Les professionnels de la branche ont déjà imaginé la parade. Pas question d'abandonner le chasselas, figure de proue du canton. Une diversification dans les spécialités n'est toutefois pas à négliger. L'exportation est également une solution à privilégier. «Car l'image des vins indigènes à l'étranger est en constante amélioration», expose Daniel Lehmann, de la Société des exportateurs de vins suisses. Reste enfin le dernier grand chantier après l'introduction des AOC: l'analyse des sols par la station œnologique de Changins pour une définition pédologique des classements viticoles au bénéfice des consommateurs. Cet ensemble de mesures permettra-t-il aux Vaudois de défendre leur part de marché? Il y a fort à parier qu'une limitation des rendements de production est un débat qui va refaire surface. Les grands crus du canton ont tout à y gagner.

C. R.