A l’approche du vote du 23 juin, les experts affinent leurs estimations à propos de la réaction attendue sur les marchés des devises si le camp du oui au Brexit l’emportait. Selon un sondage réalisé par l’institut CFA, 78% de ses membres pensent que la livre sterling pourrait encore s’affaiblir de plus de 5% vis-à-vis d’un panier pondéré de monnaies, tandis qu’une personne sur cinq sondée par l’institut redoute même une chute de plus de 10% en cas de sortie du Royaume-Uni de l’UE.

Le scénario d’un Brexit n’est-il toutefois pas déjà largement inclus dans les cours? Les spécialistes divergent sur ce point. James Butterfill, responsable de la recherche et de la stratégie d’investissement chez ETF Securities à Londres, estime que le scénario d’une sortie n’est de loin pas encore entièrement inclus dans les cours. «En cas de Brexit, la livre sterling sera la principale victime», estime-t-il. Même si la livre a déjà perdu entre 5 et 6% face aux autres monnaies avant le vote, elle pourrait encore accélérer sa chute jusqu’à 12%, a calculé de son côté le gérant d’actifs Columbia Threadneedle.

Risque d’effet domino

Quant au franc suisse, il jouera définitivement son rôle de valeur refuge, poursuit James Butterfill. Car, en cas de Brexit, certains investisseurs commenceront à se poser la question de savoir ce qui se passera en France, aux Pays-Bas, etc. «L’effet domino se propagerait dans toute l’Europe, ce qui inévitablement renforcerait l’attrait du franc suisse», prévoit l’expert d’ETF Securities. Il estime que la monnaie helvétique pourrait encore s’apprécier d’environ 5% face à l’euro si le Royaume-Uni quittait l’UE.

Au final, l’action de la BNS, qui a réaffirmé jeudi sa volonté d’agir face à un franc «surévalué», restera la grande inconnue, étant donné que l’ampleur de ses interventions réduira une partie de la pression à la hausse sur le franc, nuance de son côté J. Safra Sarasin. La banque bâloise suppose que la BNS va défendre «de manière féroce» le niveau de 1,05 franc par euro, mais elle pourrait déjà être active sur le marché dans la fourchette allant de 1,05 à 1,07 franc. De son côté, UBS anticipe un renforcement allant jusqu’à 1,05 franc par euro, après quoi la Banque nationale devrait intervenir. Maximilian Kunkel, stratège chez UBS, estime que la livre britannique pourrait reculer jusqu’à 1,25 franc en cas de «leave», ou au contraire rebondir à 1,45 franc en cas de «stay».

Et le billet vert? Il prévoit que, face à la livre britannique, le dollar se renforcerait considérablement, allant jusqu’à 1,30. Face à l’euro également, le dollar bénéficierait de son statut de «safe heaven» ou monnaie refuge, mais de façon plus modérée. Le billet vert pourrait s’apprécier jusqu’à 1,08 dollar par euro en cas de Brexit.

Le DAX allemand est aussi fortement exposé en cas de Brexit

Du côté des actions, quels indices européens seraient du coup les plus exposés? «Un Brexit constituerait un événement de risque global pour les marchés, pas seulement pour la bourse de Londres», rappelle James Butterfill. Sur une base relative, il estime ainsi que le DAX est aussi très exposé à une correction supplémentaire en cas de Brexit compte tenu du poids important des banques dans l’indice allemand. En comparaison, le SMI présente, lui, un caractère plus défensif grâce au poids de la pharma ou de Nestlé.


Miser sur l’immobilier britannique en cas de «In»

A l’inverse, sur quoi faut-il miser en cas de maintien du Royaume-Uni dans l’UE? Outre le rebond attendu de la livre face aux autres monnaies, ce sont surtout les actions britanniques essentiellement orientées sur l’économie domestique qui en profiteraient le plus fortement, estime Maximilian Kunkel. En effet, ces valeurs ont déjà fortement chuté au cours des dernières semaines, intégrant le scénario d’un éventuel Brexit. De son côté, J. Safra Sarasin conseille aux investisseurs de se tourner vers les actions de sociétés immobilières ayant des bureaux ou des surfaces commerciales, à l’exemple de British Land, Great Portland Estates ou Derwent, dont les titres ont fortement chuté en raison des craintes liées à un possible transfert de grandes entreprises vers d’autres sites sur le Vieux Continent.