Les ennuis de Merck, suite au retrait de l'anti-inflammatoire Vioxx, ne font que commencer. Non seulement l'entreprise américaine, qui jouissait d'une excellente réputation scientifique dans le milieu pharmaceutique, a perdu quelque 40 milliards de dollars de capitalisation boursière, mais elle doit encore faire face à des centaines de plaintes aux Etats-Unis. Elles seront examinées pour la première fois de manière informelle mardi prochain en Californie et pourraient coûter entre 10 et 18 milliards de dollars à la société, selon les premiers calculs des analystes financiers.

Les avocats chargés de la défense de plaignants atteints de malaises cardiaques suite à la prise du Vioxx pour des douleurs articulaires ou rhumatismales s'appuieront sans doute sur l'étude de professeurs de l'Université de Berne selon laquelle le mauvais profil de risque du médicament aurait dû conduire Merck à le retirer du marché dès la fin de l'an 2000, et non quatre ans plus tard (LT du 5.11.04).

Vendredi, Merck a contesté catégoriquement les conclusions de cette étude jugée «incomplète». L'entreprise américaine estime avoir «pris les décisions adéquates à temps sur la base de toutes les données scientifiques disponibles». Stefan Wild, porte-parole de la filiale suisse de Merck, constate que «les premiers signes d'incidence cardio-vasculaire significative, touchant moins d'une personne sur cent, ne sont apparus qu'en septembre 2004». A son avis, l'étude VIGOR (2000), qui aurait dû être un signal d'alarme selon les professeurs bernois, ne pouvait pas être interprétée scientifiquement différemment, car elle comparait deux substances actives distinctes, et non Vioxx et un placebo.

«Je rappelle que la FDA américaine et les instances européennes de contrôle ont placé tous les médicaments de cette catégorie (Cox-2) sous surveillance dès 2001 et 2002 et que, si les médicaments étaient sûrs à 100%, il n'y aurait plus besoin de médecins et de pharmaciens», ajoute Stefan Wild.

Le Celebrex sur la sellette

Pius Hildebrand, responsable des études cliniques auprès de Swissmedic, organe de contrôle des médicaments en Suisse, tient un discours semblable. «Chaque médicament anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) présente des effets secondaires typiques, dont le risque d'effets secondaires gastro-intestinaux, cardio-vasculaires et rénaux. C'est finalement au médecin, juridiquement responsable, de prescrire le médicament le mieux adapté au patient.»

Swissmedic conteste l'aspect novateur de l'étude bernoise. «Les recherches de l'équipe de professeurs de l'Université de Berne n'amènent pas d'éléments nouveaux en ce qui concerne le rapport bénéfice/risque global pour le Vioxx. Il est évident que nous prendrons en considération les résultats de cette étude, mais sa conclusion ne peut pas être élargie à l'ensemble des nombreuses données à disposition à prendre en considération.»

Après Merck, c'est au tour de Pfizer, qui commercialise Celebrex et Bextra – deux médicaments de la même catégorie Cox – 2 que le Vioxx –, de subir une certaine pression. Les autorités sanitaires canadiennes ont demandé des données scientifiques supplémentaires à Pfizer, suite à l'annonce de 100 événements, dont 14 décès qui ont touché des personnes traitées avec Celebrex. Pfizer estime qu'aucun lien de cause à effet n'est prouvé et rappelle que «la sûreté de Celebrex est attestée par de nombreuses études cliniques à large échelle». Le doute s'est pourtant installé sur l'ensemble des médicaments de la catégorie Cox-2, ce qui a incité Novartis à effectuer des études cliniques complémentaires avec Prexige, un produit déjà approuvé dans quelques pays européens, mais dont la mise sur le marché sera retardée d'au moins un an.