L’Italie et la France ont finalement chacune de leur côté fait un pas vers la Commission européenne en révisant à la marge leurs projets de budget pour 2015, que Bruxelles jugeait en l’état trop lâches.

Paris et Rome avaient reçu des courriers de la Commission européenne demandant des précisions sur les projets de budget, faisant planer la menace d’une humiliante demande officielle de révision, une arme entre les mains de la Commission qui n’a pour l’instant jamais été employée.

Dans un premier temps, la semaine dernière, le président français François Hollande et le chef du gouvernement italien Matteo Renzi avaient semblé vouloir résister à Bruxelles. «Le budget italien ne pose pas de problèmes», avait soutenu jeudi M. Renzi, qui entendait «ouvrir un débat politique sur qui décide quoi». M. Hollande avait quant à lui qualifié le courrier bruxellois de «banal», avant de dire que «rien ne nous fera dévier» de l’objectif français de renouer avec la croissance. Le président du Conseil européen Herman Van Rompuy avait relativisé la controverse budgétaire, relevant que le différend avait «de plus en plus des proportions qui dépassaient l’ampleur du problème».

Finalement, Paris comme Rome ont annoncé lundi des révisions de leurs projets, à quelques heures du verdict de la Commission mercredi, tout en assurant ne pas se dédire.

«Le gouvernement italien s’engage à adopter des mesures supplémentaires en 2015 afin d’accroître l’effort budgétaire déjà envisagé par le projet de budget italien», écrit le ministre de l’Economie et des Finances italien Pier Carlo Padoan dans une lettre adressée au vice-président de la Commission européenne Jyrki Katainen, rendue publique.

Le projet initial prévoyait un déficit public de 2,9% du PIB après 3% en 2014 ainsi qu’un report de 2015 à 2017 de l’objectif d’équilibre des comptes et M. Katainen s’était inquiété de la «déviation importante» des objectifs budgétaires italiens, exigeant des explications. L’Italie promet désormais d’améliorer sa copie en matière de déficit structurel, c’est-à-dire hors impact de la conjoncture sur la situation des finances publiques: l’effort sera «supérieur à 0,3 point de pourcentage» par rapport à 2014, contre une amélioration de 0,1 point dans le projet initial de budget, assure le ministre. Il reste cependant inférieur aux 0,5 point qu’attendait la Commission. Les nouvelles mesures de Rome valent 4,5 milliards d’euros.

Selon la presse italienne, Matteo Renzi a négocié ce compromis au sommet européen de vendredi à Bruxelles, dédramatisant le rappel à l’ordre et déclarant à sa manière badine: s’il faut un ou deux milliards d’euros supplémentaires, «nous les y mettrons demain matin».

A Paris, le ministre des Finances, Michel Sapin a envoyé lundi un courrier à la Commission dans lequel il met en avant la révision d’«un certain nombre» d’«estimations», et évoque de nouvelles recettes issues de la lutte contre la fraude et l’optimisation fiscale. «La France présente là les précisions et les éléments qui nous permettent de rester dans les clous», a expliqué Michel Sapin. La France, dit-il dans le courrier, va ainsi «présenter un ajustement budgétaire structurel (hors effets de la conjoncture, NDLR) supérieur à 0,5 point de PIB en 2015», plus proche des exigences de la Commission.

Concrètement, Bercy a trouvé 3,6 milliards d’euros en agglomérant différentes mesures et ajustements. Environ 1,5 milliard d’euros doit provenir du recul de la charge de la dette en 2015 (qui baisserait de 400 millions par rapport aux prévisions), et de l’ajustement de la contribution de la France au budget européen l’an prochain. Celle-ci serait en effet inférieure de 300 à 600 millions d’euros aux prévisions. Le coût du crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) est par ailleurs réévalué, puisqu’il coûtera moins cher que prévu.

De son côté, malgré les menaces de sanctions brandies par Bruxelles, David Cameron est resté inflexible lundi: le Royaume-Uni ne paiera pas la rallonge de deux milliards d’euros au budget européen au 1er décembre. «La Grande-Bretagne ne paiera pas les 2 milliards d’euros à quiconque le 1er décembre. Nous allons nous battre par tous les moyens possibles. Le montant et le calendrier de cette demande sont inacceptables», a déclaré le Premier ministre au Parlement devant lequel il a assumé son coup de sang de vendredi.