Tandis que le coup d'envoi pour le Mondial sera donné ce vendredi, Oxfam, groupe de pression international, affirme que sa longue campagne réclamant de meilleures conditions de travail dans l'industrie du sport commence à porter des fruits même si beaucoup reste à faire. Au fil des années, les grandes marques ont adopté de nombreuses mesures en faveur des milliers de travailleurs, particulièrement dans les usines en Asie. Adidas, Nike, Asics, Puma, Umbro, Reebok, Kappa et les autres, qui sont surtout des entreprises de design et de marketing, exigent que leurs sous-traitants offrent de meilleurs salaires et reconnaissent les droits syndicaux des travailleurs.

L'an dernier, le géant américain Nike est allé encore plus loin dans la transparence en publiant la liste de ses quelque 7000 fournisseurs de chaussures de sports et autres accessoires sur son site internet. Son exemple a été immédiatement suivi par Reebok et Puma. Plusieurs entreprises ont adopté des codes de conduite et admettent des inspections indépendantes sur les lieux du travail.

Oxfam s'en félicite. Mais elle n'allait pas rater l'occasion de la Coupe du monde 2006 pour rappeler que, malgré les progrès réalisés à ce jour, beaucoup reste à faire. L'organisation militante vient en effet de publier un rapport intitulé «Hors-jeu! Le droit des travailleurs dans l'industrie du sport en Asie» qui brosse un tableau contrasté de ce secteur. «Nike paie 16 millions de dollars par année à la sélection brésilienne de football; Adidas offre 1,8 million de dollars à Zinédine Zidane. En même temps, les petites mains qui fabriquent les articles de sport ne touchent pas plus de 5 dollars pour une journée de 12 à 14 heures de travail», écrit Oxfam.

Le rapport dresse les cas d'entreprises qui ont pris des mesures pour améliorer le sort des travailleurs et de celles où les violations des droits sont encore courantes.

• En 2004, les ouvrières de PT Tae Hwa se sont plaintes du refus de l'employeur de reconnaître le syndicat. Malgré la demande de ce dernier, la marque Fila a refusé d'intervenir auprès de son fournisseur. En février 2005, l'usine a brusquement fermé ses portes, laissant plus d'un millier de travailleurs sans aucune information et sans aucune compensation.

• Adidas a persuadé avec succès son sous-traitant indonésien Panarub de reconnaître les droits syndicaux. Fin 2005, la société allemande est toutefois restée les bras croisés lorsque 33 employés ont été licenciés pour avoir participé à une grève. Oxfam continue de faire pression sur Adidas pour leur réintégration.

• C'est grâce à Reebok que de nombreux fournisseurs asiatiques reconnaissent aujourd'hui les droits de travailleurs, même dans des pays où le mouvement syndical est mal vu par les autorités gouvernementales. U Puma a largement contribué à l'amélioration des conditions de travail de plusieurs sous-traitants en Asie. En Indonésie, elle les choisit sur les conseils des syndicats locaux.

• Umbro, qui a été pendant longtemps insensible au mauvais traitement des travailleurs par ses sous-traitants, mène désormais un programme actif d'éducation sur les droits syndicaux.

• Basicnet, propriétaire de la marque Kappa, collabore actuellement avec les syndicats italiens ainsi que la Fédération internationale des travailleurs de l'industrie de textiles et de cuir.

Enfin, Oxfam se félicite que certaines marques dont Reebok, Puma, Adidas, Nike, Asics et Umbro aient pris des mesures concrètes pour améliorer la transparence, tout en démontrant leur volonté de collaborer avec les syndicats et autres organisations de la société civile. Ces entreprises sont également membres de la coalition Fair Labor Association dont l'objectif est de promouvoir les normes internationales du travail.