Dix mille, cent mille ou un demi-million de francs, versés en quelques heures sur un compte en banque? Comme attendu, le démarrage du programme de crédits-relais ressemble davantage à un sprint qu’à un marathon.

Ces crédits (totalement ou partiellement) garantis par la Confédération sont disponibles depuis jeudi matin 8h. Et les requêtes n’ont pas tardé. A midi, UBS établissait un premier décompte: 3000 demandes. «Un peu plus d’un tiers d’entre elles viennent de Suisse romande», indique Alexandre Prêtre, responsable de la clientèle entreprise chez UBS Genève.

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A 17h, Credit Suisse avait pour sa part déjà traité 4500 demandes. Et un montant total «bien supérieur» au demi-milliard de francs a été versé sur les comptes. «Les clients, mais aussi les collaborateurs, sont tout à fait surpris et impressionnés par la rapidité des processus», témoigne le porte-parole de la banque.

«On peut tenir trois mois»

A Neuchâtel, la banque cantonale (BCN) faisait état, à la mi-journée, d’une centaine de requêtes. Elle s’attendait à en recevoir plus de 200 à la fin de cette première journée. «Les demandes vont de quelques dizaines à quelques centaines de milliers de francs, précise sa porte-parole. Très souvent, les entreprises demandent le montant maximum qui peut leur être octroyé [10% du chiffre d’affaires, ndlr].»

C’est précisément ce qu’a fait, jeudi matin à 9h, Martin Boeni. Il est un peu plus de 16h lorsque nous nous entretenons au téléphone avec le patron du fabricant neuchâtelois de broches industrielles BBN. Il reçoit un message de la BCN lui indiquant que l’argent a été versé. Martin Boeni tient à saluer l’efficacité du travail effectué. «Nous sommes informés depuis plusieurs semaines, et depuis lundi, plus précisément sur les crédits-relais. J’ai encore reçu un message hier soir pour me signaler que le processus débutait ce matin.»

Cet argent ne servira pas à payer les salaires de sa vingtaine d’employés – ceux-ci sont sécurisés –, mais les fournisseurs de BBN. «Avec ce crédit, nous pouvons tenir trois mois, peut-être un peu plus, estime Martin Boeni. A condition que nos clients, principalement des horlogers, paient leurs factures dans les délais prévus.»

Des task forces et des robots

Chacune à leur échelle, les banques ont créé des task forces pour répondre aux assauts. En plus des équipes concernées – services aux entreprises, conseillers crédits, etc. – tous les services des établissements, dont certains sont sous-occupés depuis le début des paralysies, sont mis à contribution. Credit Suisse a par exemple mobilisé 600 collaborateurs, dont «une grande majorité est à la maison», ajoute son porte-parole, histoire de souligner l’ampleur de l’opération et les difficultés qui ont été surmontées en quelques jours.

Chez UBS, on se félicite d’avoir investi dans la numérisation de tâches administratives ces dernières années. Une centaine de robots traitent en effet plusieurs étapes des processus de demandes de crédits. Mais pas toutes. «Les collaborateurs, les humains, restent essentiels pour traiter les cas particuliers ou certaines étapes, reprend Alexandre Prêtre.

Certains clients de la banque ont reçu l’argent sur le compte en moins de trois heures. «Ce sont ceux qui ont rempli correctement le formulaire, insiste Alexandre Prêtre. Nous avons malheureusement reçu beaucoup de demandes incomplètes, sans le montant souhaité, ou avec des IBAN erronés.» D’après lui, l’argent demandé par les entreprises sert davantage à constituer des réserves pour les prochaines semaines, plutôt qu’à payer les salaires du mois qui s’achève.

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Alors la question se pose déjà: en combien de temps les 20 milliards de francs mis à disposition par la Confédération seront-ils écoulés? Y en aura-t-il pour tout le monde, sachant que le pays compte 300 000 PME et que le système de crédits-relais fonctionne selon le principe du «premier arrivé, premier servi»?

Sans encore savoir à quel rythme, Credit Suisse, qui compte environ 100 000 clients entreprises en Suisse, s’attend en tout cas à ce que les demandes continuent d’affluer ces prochains jours, voire ces prochaines semaines. Ce que l’on sait pour l’instant, c’est que le Conseil fédéral n’a pas fermé la porte à une rallonge.