«Nous avons entendu tellement de sociétés lancer des avertissements sur leurs résultats, et voilà qu'arrive Nokia qui dit s'attendre à une hausse de ses marges…» Johan Svensson, analyste chez UBS Warburg, cité par l'agence Bloomberg, est visiblement soulagé. La société de téléphonie mobile, que tout le monde attendait au contour après le récent profit warning d'Ericsson et de Siemens ainsi que les annonces par Motorola et Cable and Wireless de suppressions massives d'emplois (lire Le Temps du mercredi 14 mars), a affirmé jeudi que le bénéfice pour le premier trimestre atteindrait les espérances du marché et que les marges seraient meilleures qu'attendu. Et ce malgré une croissance des ventes moins importante que prévu (20% contre 25-30%).

Du coup, l'action de la société finlandaise s'est envolée de 13%, tirant à la hausse les indices européens. Avant l'ouverture de Wall Street, ceux-ci connaissaient dans leur ensemble de jolies progressions, allant de 0,70% à Madrid jusqu'à 2,46% à Stockholm. Dopée par les marchés du Vieux Continent et par la clôture positive des Bourses asiatiques, Wall Street ouvrait la séance en forte hausse puis modérait ses performances en fin de séance. Il faut dire qu'après les violents soubresauts de mercredi, une bonne nouvelle ne pouvait a priori que mettre du baume au cœur d'investisseurs qui ne savent plus vraiment à quel saint se vouer. D'autant que, comme le soulignait une analyste, le mouvement de la veille aux Etats-Unis avait été excessif.

Cela ne signifie pourtant pas forcément que l'hirondelle annonce le printemps. Si l'on peut peut-être s'attendre à court terme à un rebond de quelques semaines, personne ne peut affirmer qu'une inflexion durable sur les marchés va se produire prochainement. Le monde de la finance connaît certes ses irréductibles optimistes. A l'image de Larry Kudlow, économiste qui a servi sous l'administration Reagan, et de Joseph Battipaglia, président de la banque Gruntal & Co. L'un et l'autre sont persuadés que le Nasdaq atteindra 4300 points d'ici à la fin de l'année, le Dow Jones les 12 500 points et le S & P 500 les 1650. Pour eux, les informations négatives étant déjà intégrées dans les cours – ce que démentent les chutes brutales des titres de sociétés qui lancent des profit warning –, les risques devraient bien diminuer.

Ils sont pourtant aujourd'hui peu nombreux, ceux qui appellent les investisseurs à faire les soldes à Wall Street. Dans l'ensemble, les analystes semblent plutôt verser dans le pessimisme. L'environnement économique aux Etats-Unis manque de visibilité, affirment-ils. Le consensus sur les prévisions des bénéfices est encore trop élevé, pensent-ils. Il faudra donc le revoir à la baisse, ce qui n'incite guère à entrer dans le marché des actions. Et d'ici que les baisses de taux par la Réserve fédérale américaine ne produisent leurs effets sur les sociétés, une petite année pourrait bien avoir passé.

Maintien des taux à la BCE

L'Europe pourrait mieux s'en sortir, car elle résiste relativement bien à l'essoufflement de l'économie américaine. Mais des voix commencent à s'élever pour critiquer le statu quo monétaire, alors que la situation économique reste malgré tout partiellement tributaire de l'évolution des Etats-Unis. Hier encore, la Banque centrale européenne (BCE) a refusé de baisser les taux. «Dans la situation présente, la croissance devrait constituer la priorité des préoccupations de la BCE, avant l'inflation», a regretté Emmanuel Ferry, économiste chez Exane.