Forum

Prévoyance 2020: un besoin permanent de réforme

Notre régime de prévoyance vieillesse est et doit rester en réforme permanente. C’est la clé de son succès

Beaucoup a déjà été dit et écrit sur la réforme Prévoyance 2020 qui n’en serait pas une. En matière de retraites, en Suisse pour le moins, la révolution n’a que rarement été à l’ordre du jour et le peuple a toujours décidé des grandes orientations.

Pour mettre sur pied l’AVS, il aura fallu la préexistence d’un régime de perte de gain aux militaires. Après un premier refus en 1931, la création de l’AVS a été plébiscitée par scrutin populaire en 1948. Il en a été de même pour la création du 2e pilier dont la base constitutionnelle de 1973 a conduit à la création de la loi sur la prévoyance professionnelle.

La gestation de cette dernière qui dura 12 ans est empreinte de l’histoire des centaines de caisses de pension d’entreprises et publiques qui existaient depuis le début du siècle, mais aussi de l’existence des grandes compagnies d’assurances. Sans oublier que l’introduction de ce régime – dit des trois piliers – a instauré une gestion des retraites qui associe les partenaires sociaux. Notre régime de prévoyance vieillesse est et doit rester en réforme permanente. C’est la clé de son succès.

Fronts politiques durcis

Le projet Prévoyance 2020 qui est soumis au peuple le 24 septembre s’inscrit dans la droite ligne de cette évolution qui aurait dû s’accentuer ces dernières années au regard des grandes évolutions sociétales. Mais depuis la 10e révision de l’AVS en 1995, le Conseil fédéral n’a pas réussi à convaincre le parlement pas plus que le peuple de cette nécessité, certes dans un contexte où les fronts politiques se sont durcis.

Le 24 septembre, nous voterons aussi sur notre capacité à construire des compromis politiques, économiques et intergénérationnels. Cette grille de lecture ne saurait nous échapper et elle devrait questionner le citoyen sur l’objectif des opposants à Prévoyance 2020, en particulier ceux des grands partis gouvernementaux.

Examinons les principaux reproches faits à la réforme par les différents opposants de tous bords. Que cela soit dit une fois pour toutes: il n’y a pas un seul syndicaliste et certainement pas beaucoup plus de citoyennes ou de citoyens qui pensent que l’inégalité salariale est acceptable. Mais cela ne saurait les empêcher de dire deux fois oui, le 24 septembre, quand bien même le relèvement de l’âge de la retraite des femmes à 65 ans ne les ravit pas.

Lire aussi: Prévoyance 2020: une regrettable votation à sens unique

Simplement parce qu’un refus de la réforme ne réglerait pas l’injustice de l’inégalité salariale mais condamnerait une amélioration du niveau des rentes. De plus, il pérenniserait l’inégalité de traitement dont sont victimes aujourd’hui les femmes dans la prévoyance professionnelle, elles qui travaillent souvent à temps partiel avec des revenus moindres et des interruptions de carrière plus fréquentes.

Les 70 francs de hausse de l’AVS (jusqu’à 216 francs pour les couples) qui arroseraient prétendument tous les futurs rentiers sont là pour renforcer, à moindre prix, le niveau des rentes des personnes au seul bénéfice de l’AVS, mais aussi pour maintenir le niveau des rentes consécutif à la baisse du taux de conversion. L’autre partie de la compensation se fera par une augmentation des cotisations financées paritairement dans le 2e pilier.

Relevons que la baisse du taux de conversion qui a eu lieu ces dernières années dans la part surobligatoire de la LPP s’est faite sur le seul dos des 80% de salariés qui bénéficient en Suisse d’une couverture plus importante que le minimum LPP. Sans réforme, cette tendance se maintiendra et nous renoncerons aux cotisations des employeurs prévues par la réforme 2020.

Consolidation financière

Quant à la hausse de TVA pour les actuels rentiers, elle permettra une consolidation financière dont l’AVS a un urgent besoin et garantira aux retraités actuels et futurs, jeunes et moins jeunes, de ne pas se trouver à l’aube de la prochaine réforme sans argent dans la caisse.

Le financement de la réforme 2020 est assuré, d’une part, par la hausse de 0,3% de la TVA et des cotisations AVS des employés et des employeurs qui reposent sur une assiette de l’ordre de 650 milliards et, d’autre part, par les cotisations au 2e pilier qui reposent, elles, sur une assiette de l’ordre de 130 milliards. Il est aisé de comprendre que le maintien des prestations reposant sur le seul 2e pilier n’est pas finançable pour le plus grand nombre.

Lire aussi: Prévoyance 2020: accepter un paquet raisonnable

Ce maintien du niveau des prestations aurait un coût beaucoup plus élevé pour les PME et leurs salariés qui représentent 80% de notre tissu économique. Les organisations patronales romandes qui soutiennent la réforme l’ont bien compris. C’est pourquoi nous voterons aussi deux fois oui, le 24 septembre, pour une réforme qui garantit les prestations et consolide notre AVS à moindre coût.

Sans oublier que le combat pour l’égalité salariale doit continuer après le 24 septembre. Au-delà de son évidence, elle est aussi garante d’un meilleur financement de nos retraites demain. A moins que les apprentis sorciers de tous bords ne planchent déjà sur la hausse de l’âge de la retraite des robots.

Publicité