Prévoyance

Prévoyance: aurai-je assez pour mon grand âge?

La belle vie au troisième âge, ce n’est hélas qu’une illusion lorsqu’on n’investit pas massivement dans la prévoyance individuelle, avertissent les prestataires financiers. Mais faut-il les suivre sur toute la ligne?

«Si vous voulez jouir de votre retraite sans soucis financiers, assurez votre prévoyance vieillesse vous-même!» Cette antienne des prestataires financiers figure ces temps sur tous les sites. On y lit notamment: «Il y a bien longtemps que, du fait des prévisions démographiques, plus personne ne rêve d’une rente généreuse de l’AVS.» Les caisses de pension seraient «confrontées à d’énormes problèmes structurels» et auraient «entamé des mesures d’assainissement». Le ciel se couvre donc de nuages menaçants. Argument imparable: la pyramide des âges s’inverse.

Le groupe cible est formé des clients inquiets des taux et des rendements en chute libre (tandis que les taxes et commissions ne diminuent pas). On joue sur la peur: comme la prévoyance classique traditionnelle des premier et deuxième piliers ne suffirait plus pour vivre un troisième âge sans souci, il faut désormais se rendre dare-dare chez le premier assureur ou à la première banque venus et y mettre en route une épargne vieillesse individuelle. Car, professe un site: «Ne pas prévoir sur le plan privé, c’est perdre.»


Notre opération sur la prévoyance


Des scénarios catastrophe trop précis

Or la peur, face aux déclamations de Cassandre, est mauvaise conseillère. Voilà des années que les prestataires financiers sonnent l’alarme en annonçant une prochaine chute des bourses. C’est le contraire qui s’est produit: les bourses ont flambé. Et même si la génération des baby-boomers a négligé de façon impardonnable de veiller à une croissance suffisante des versements, les prévisions pour les prochaines décennies sont par essence très vagues. Les scénarios catastrophe tapageurs décrits avec une précision au-delà de la virgule laissent sceptique.

En Suisse, une situation détendue par rapport aux pays voisins

Les mêmes experts qui mettent en garde contre un orage sur les rentes soulignent simultanément que, en Suisse, la situation est très détendue par rapport aux pays voisins. On se demande alors: si nous sommes presque sur la paille, si nous n’investissons pas assez dans le 3e pilier lié ou dans l’épargne individuelle, à quel point nos voisins vont-ils, eux, sombrer dans l’indigence? Il est vrai qu’il existe en Suisse beaucoup de personnes âgées qui n’ont presque pas assez pour une existence digne. Mais comment donc feraient-elles pour investir dans un 3e pilier?

Si on en est vraiment là de la solidarité en Suisse – comme on l’entend souvent –, il y a des choses à améliorer. Ce n’est pas une affaire de finances mais une affaire d’aide concrète et d’humanité. Ce débat est aussi ardu que, naguère, celui qui présidait à l’introduction de l’AVS. Il n’en est qu’à ses débuts et fera à coup sûr des victimes. Car, lorsqu’on parle de valeurs, il ne s’agit pas des valeurs après la virgule mais de valeurs humaines.

Publicité