La structure démographique s’est très nettement modifiée, mais aussi l’environnement économique avec, à la clé, un nombre important d’Etats en situation de surendettement et de faible croissance.

Compte tenu de ces évolutions, le modèle des systèmes de prévoyance est aujourd’hui remis en cause. En effet, comment une gestion collective peut-elle répondre de manière appropriée aux besoins des assurés, alors même que leurs profils se sont complexifiés? Au vu du vieillissement de la population et des mutations sociétales, une prévoyance accompagnée d’une stratégie d’épargne ciblée à long terme s’impose comme une approche incontournable.

Si on observe la vie d’un assuré, on constate qu’elle se compose de deux phases. La première correspond à la phase d’accumulation. Elle comprend les 40 années de sa vie dite active, soit la période durant laquelle il thésaurise ses avoirs de prévoyance au sein d’une caisse de pension. La seconde phase, dite de consommation, représente les décennies au cours desquelles il va bénéficier du capital accumulé. En arrivant à l’âge de la retraite dans un état de santé toujours meilleur, les assurés sont appelés désormais à se projeter à long terme et à planifier leurs avoirs de prévoyance, de façon à en tirer les meilleurs profits et à protéger leur patrimoine.

Aussi, il sera essentiel de déterminer une stratégie de placement tenant compte des impératifs financiers liés à ces deux phases. La création de portefeuilles propres à chaque phase, ainsi que la redéfinition des plans de prévoyance et des cercles d’assurés, offriront une plus grande capacité d’adaptation aux changements structurels. Les objectifs de rendement des affiliés actifs seront abordés, dans un premier temps, en fonction du risque que ces derniers sont disposés à prendre. Tandis qu’en prévision de la phase de consommation du capital accumulé, qui sera retiré du système de prévoyance (retrait en capital), une distinction entre trois «poches», soit trois comptes bancaires, devra être établie dans le portefeuille.

Durant la phase de consommation, la première «poche», réservée à la tranche des 65-70 ans, contiendra une partie de la fortune privée et sera placée de manière très sûre sur le marché monétaire, afin de garantir le paiement des «rentes» sur cette période, indépendamment de toute crise financière ou politique. Les avoirs de la seconde «poche» concerneront la période entre 71 et 80, voire 85 ans. Ils seront placés dans des obligations dont la maturité correspondra aux besoins de liquidités du retraité. De cette manière, les rendements et les maturités de ces obligations alimenteront la première «poche» à chacune des échéances. Enfin, les avoirs de la troisième «poche» seront placés sur une durée de 15 à 20 ans, d’une manière plus entreprenante et selon un niveau de volatilité ou de risque défini à l’avance. Les gains réalisés pourront, au cas par cas, venir alimenter les avoirs de la première poche.

Outre une plus grande flexibilité, cette gestion des avoirs de prévoyance offre une diversification grâce à l’adéquation des risques inhérents à chaque phase de vie. Ceci permet de satisfaire au plus près les impératifs de chacun des affiliés personnellement, tant les actifs que les retraités, en les mettant au centre des préoccupations.

Grâce à cette distinction au niveau du plan de prévoyance, ainsi qu’au niveau de la gestion des avoirs de prévoyance, il est possible de «libérer» les personnes actives du poids des contraintes engendrées par le nombre croissant des affiliés retraités. En effet, bon nombre de caisses de pension compte une moitié d’affiliés retraités. Mais surtout, en terme de gestion des avoirs de prévoyance, cela permet de faire coïncider une stratégie de gestion des avoirs de prévoyance avec les objectifs de rendement des personnes actives.

Ce modèle de prévoyance distinguant deux phases de vie – accumulation et consommation – garantit le paiement à long terme de retraites décentes, dans les secteurs privé ou public également. Il offre une planification cohérente et pérenne, qui tient compte des mutations profondes de la société et des nouveaux besoins qui en découlent. Avec cette approche, l’affilié peut planifier une gestion de patrimoine sur toutes les différentes phases de sa vie, en anticipant et en intégrant ses objectifs de placement bien au-delà de l’âge de la retraite.

* Lombard Odier

Une stratégiede placement tenant compte des impératifs financiers liés aux deux phases de vie