COTATION

Le prince Al-Walid se mêle au boom des IPO du Moyen-Orient

Les introductions en Bourse mirifiques réalisées ces derniers mois créent des émules. La société mère de l'Hôtel des Bergues à Genève cherche à lever 400 millions à Dubaï.

Il y a un an, le volume des échanges à la Bourse de Dubaï ne dépassait pas le chiffre d'affaires du supermarché Carrefour local. C'est en train de changer rapidement. La plate-forme financière de l'émirat, entièrement remaniée en septembre dernier, s'apprête à réaliser l'une des plus grandes introductions en Bourse (IPO) du Moyen-Orient.

Le prince saoudien Al-Walid ben Talal Abdel Aziz a annoncé jeudi l'IPO «imminente» de King-dom Hotel Investment. Cette société, propriétaire à 50% de l'Hôtel des Bergues à Genève, contrôle une vingtaine d'autres palaces au Moyen-Orient. Le prince, cinquième fortune mondiale, cherche à céder 30% du capital pour 400 millions de dollars. La nouvelle Bourse de Dubaï pourrait aussi bénéficier de l'arrivée du groupe de média saoudien Rotana, une autre société du même Al-Walid.

Ces opérations s'inscrivent dans un boom des IPO dans le Golfe. En 2006, au moins 100 sociétés devraient se faire coter sur les places de Dubaï, Abou-Dhabi, Koweït-City, du Qatar ou d'Arabie saoudite, selon le consultant ABQ Zawya. L'année passée, elles avaient été 41 à faire le pas. Près de 6 milliards de dollars avaient été récoltés, deux fois plus qu'en 2004.

L'activité est soutenue par le succès rencontré par les dernières IPO. Les sociétés entrées en Bourse en 2005 affichaient en fin d'année une appréciation moyenne de 159%, estime ABQ Zawya. Les actions de la banque saoudienne Al Bilad, souscrites quatre fois, sont montées de 1750%! A Abou-Dhabi, l'IPO du groupe énergétique Aabar a été souscrite 800 fois. L'action a grimpé de 434%! Six IPO ont néanmoins fini l'année dans le rouge. A Bahreïn, le groupe hôtelier Banader a perdu près d'un tiers de sa valeur.

«La majorité de ces IPO sont des privatisations réalisées à bas prix. C'est un moyen de redistribuer la manne pétrolière», explique Ram Agarwalla de Renovatio à Zurich. Mais la majorité des actions sont réservées aux résidents ou aux nationaux. Par exemple, l'IPO en cours de la banque qatarie Al-Rayyan est réservée à 80% aux nationaux de l'émirat. Le reste des actions est ventilé entre les citoyens des autres nations du Golfe. L'opération va permettre de lever 1,1 milliard de dollars auprès d'un million d'investisseurs. Début février, l'IPO de la banque Al-Salam à Bahreïn (souscrite 63 fois) était ouverte à «toutes les nationalités», mais sur présentation d'une preuve de résidence. Par l'entremise de courtiers locaux, Renovatio se fait fort d'offrir une exposition aux marchés arabes à ses clients occidentaux (LT 23.01.06).

Ces prochaines semaines, Emirates Integrated Telecommunication devrait réaliser une IPO de 660 millions dollars à Dubaï. En outre, une opération de 800 millions de dollars est prévue en Arabie saoudite: Emaar, la plus grande capitalisation de Dubaï, va céder 30% de son projet de construire deux nouvelles villes sur le littoral saoudien, dont la pharaonique King Abdullah Economic City (LT 18.02.06).

«Toutes ces IPO témoignent d'une diversification des économies du Golfe et d'une confiance accrue dans les institutions économiques et politiques de ces pays», observe Alexandre Theocharides, de Faisal Finance à Genève, une société dont la maison mère, Ithmaar Bank, prépare justement son IPO à Bahreïn.

Publicité