Spécialiste du chronomètre de marine, Ulysse Nardin revit une seconde jeunesse depuis 1983, date du rachat de la société alors moribonde – elle comptait deux collaborateurs – par l'industriel Rolf Schnyder. «C'était une carcasse avec un beau nom, se souvient le propriétaire. Mais le nom sans un excellent produit, cela ne vaut rien.» Installée au Locle depuis sa fondation en 1846, Ulysse Nardin a inauguré ce printemps un nouveau site de production à La Chaux-de-Fonds pour maîtriser davantage sa fabrication à l'interne. Un nouvel agrandissement prévu au Locle devrait être achevé à la fin de l'an prochain. La société propose aujourd'hui une vaste palette de produits, axés pour une bonne part sur les trois mouvements manufactures Ulysse Nardin: un quantième perpétuel, le mouvement Sonata et le mouvement Freak.

«Notre chiffre d'affaires a connu des progressions minimales de 20% chaque année entre 2000 et 2003.» S'il n'a jamais avancé de chiffres, Rolf Schnyder concède que la société affichera en 2004 un chiffre d'affaires proche de 80 millions de francs, contre 60 un an auparavant. Et le dépassement des 100 millions est programmé pour 2006. Cette accélération des affaires s'est traduite par un volume de vente également en hausse. Près de 13 000 pièces cette année, 14 000 l'an prochain, pour des prix publics oscillant entre 5000 et 620 000 francs. Pour répondre à ces hausses et à sa volonté d'intégration, la société compte actuellement quelque 170 collaborateurs (dont 150 entre Le Locle et La Chaux-de-Fonds) contre 130 environ il y a douze mois.

Ulysse Nardin possède ses propres filiales de distribution en Allemagne (pour l'Union européenne), aux Etats-Unis, à Hongkong, en Malaisie et à Taïwan. La marque s'est également lancée dans un vaste programme d'ouverture de boutiques – une quinzaine cette année –, toujours en collaboration avec des détaillants locaux. Ses deux marchés leaders sont les Etats-Unis et la Russie.

Peu exposée en Suisse mais appréciée de tous les amateurs de belle horlogerie, la marque locloise s'est souvent singularisée par le développement de produits complexes et originaux sur le plan technique.

Pour ce faire, Rolf Schnyder s'est appuyé sur les connaissances exceptionnelles du Lucernois Ludwig Oechslin, conservateur du Musée international d'horlogerie de La Chaux-de-Fonds, mais surtout inventeur. C'est notamment lui qui a imaginé pour Ulysse Nardin quelques garde-temps astronomiques aussi complexes qu'innovants, à l'image du trio Astrolabium Galileo Galilei, du Planetarium Copernicus et du Tellurium Johannes Kepler. Il a également conçu le mouvement Freak, une exclusivité Ulysse Nardin dotée d'un mouvement carrousel entièrement visible et proposant un échappement inédit. «Nous avons encore beaucoup de projets, concepts de Ludwig, qui vont sortir ces prochaines années», confesse Rolf Schnyder.

Ulysse Nardin emprunte volontiers des voies nouvelles. Cette stratégie d'entreprise a rapidement porté ses fruits, d'autant que la marque locloise a choisi dans le même temps d'injecter des fonds dans le volet manufacturier. Un programme d'investissements de 27 millions sur cinq ans est en cours. Si l'entier des composants de la montre n'est pas réalisé à l'interne, la production Ulysse Nardin, au Locle et à La Chaux-de-Fonds, est aujourd'hui davantage intégrée que beaucoup de manufactures.

L'innovation en termes de mouvements passe également par l'utilisation de matériaux nouveaux. Avec son mouvement Freak, Ulysse Nardin avait ouvert une voie en utilisant le silicium. Pour franchir un palier supplémentaire, Rolf Schnyder a investi en s'associant à des laboratoires de recherches pour transposer à l'horlogerie des procédés de fabrication utilisés dans d'autres secteurs.

Quelques mouvements fonctionnels avec un échappement et un spiral en diamant sont aujourd'hui testés à satisfaction. Ces mouvements ne seront pas nécessairement commercialisés dans leur développement actuel, mais il est certain que ces recherches seront à la base des prochains mouvements.