Le marché de l'aviation d'affaires continue de croître à Genève. PrivatAir, la compagnie privée de John Latsis dont l'empennage exhibe les couleurs du drapeau suisse, a entamé une nouvelle valse d'acquisitions en rachetant l'américain Flight Services Group (FSG) et le français Transair basé à l'aéroport d'affaires du Bourget. Selon Dave Kinson, directeur du développement et du marketing de PrivatAir, «cette opération permettra au groupe de créer l'année prochaine une dizaine de nouveaux emplois à Genève».

PrivatAir a la réputation d'être la compagnie aérienne la plus discrète et la plus exclusive au monde. Parmi ses clients, on peut compter des familles royales, des chefs d'Etat, des célébrités et des dirigeants d'entreprise multinationale qui demandent des transports luxueux et discrets dans tous les coins de la planète. La flotte de PrivatAir va du Gulfstream IV (le plus petit) au Boeing 757 personnalisé (le plus grand). Les Boeing 737, qui ont une capacité de 149 passagers dans la version classique, sont aménagés pour 16, 28 ou 44 personnes dans la classe Business Jet (BBJ). Mais la place pour tendre et détendre ses jambes ainsi que la disponibilité ont un prix. Un vol aller simple Genève-Nice a coûté, la semaine dernière, 50 000 francs pour les 30 passagers embarqués. Les salons sont en cuir et le service pendant le vol est digne d'un cinq-étoiles. Ce marché, qui est un luxe pour certains, est devenu un besoin pour d'autres. La location d'un avion privé est vue comme un outil de travail indispensable pour les «global leaders». Quels que soient les points de départ et destinations, la compagnie se charge de tout organiser. Les navettes en hélicoptère, les véhicules avec chauffeur et les réservations d'hôtel font aussi partie de leur service. Du «sur mesure» pour une clientèle qui regarde plus le temps gagné que l'argent dépensé. En décembre 1998, PrivatAir est même devenue la première compagnie aérienne européenne dont les services de qualité ont été certifiés ISO 9002.

Geneva Airport

«Genève est une place internationale très cotée qui se situe au milieu de l'Europe et la désertion relative de Swissair a ouvert un marché intéressant pour les charters long-courriers» souligne Philippe Fragnière, responsable du bureau genevois de courtier pour vols d'affaires Hunt & Palmer. Mais il n'y a pas que ces arguments qui attirent les compagnies de vols d'affaires à Cointrin. Comme le fait remarquer un spécialiste, «il y a plus d'avions de ce type qui sont immatriculés à Genève qu'à Londres. Le niveau de l'impôt sur les immatriculations et la TVA ne doivent pas être étrangers à ces choix». Avec ces nouvelles acquisitions, PrivatAir essaie maintenant de régater avec des concurrents comme Aeroleasing, TAG et Jet Aviation, tous présents à Cointrin. PrivatAir table sur un chiffre d'affaires de 100 millions de dollars en 2001. Aux Etats-Unis, le marché des vols d'affaires est en pleine croissance et représente le débouché le plus important. Mais le marché européen est prometteur et, dans ce segment de très haute valeur ajoutée, Genève est le «hub» du Vieux Continent qui est le plus courtisé. Ainsi, dans un chassé-croisé curieux, Swissair laisse la place sur le tarmac de Cointrin aux sociétés de vols d'affaires et aux compagnies «low cost» représentées par EasyJet. La clientèle est certes différente, mais les retombées économiques sont semblables pour l'aéroport.