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Dans le private banking, l’efficacité des coûts ne dépend pas de la taille

Certains experts craignent que l’introduction de nouvelles lois ne fasse exploser les coûts des petits gérants de fortune et menace leur survie. Or, la réalité est bien différente: il existe des solutions entrepreneuriales innovantes qui permettent justement aux petits prestataires de se conformer à moindre coût aux nouvelles exigences réglementaires.

La dernière version de la loi suisse sur les placements collectifs de capitaux (LPCC) est entrée en vigueur au printemps 2013. Depuis lors, tous les gestionnaires de placements collectifs dont la fortune est supérieure à 100 millions de francs sont soumis à l’agrément et à la surveillance de la Finma. Leur organisation doit en outre satisfaire à des prescriptions minimales. Les prestataires déjà agréés bénéficient d’un délai de transition jusqu’à la fin de février 2015. Passé cette date, tout le monde devra remplir les exigences légales.

Cette décision a suscité un tollé dans la branche. Les associations et les experts prédisent une forte hausse des coûts, un mouvement de consolidation et des licenciements en masse. En février 2013, l’Association des gérants de fortune indépendants (ASG) avait affirmé: «D’un point de vue commercial, les coûts liés aux exigences réglementaires ne sont supportables pour les gestionnaires d’actifs soumis à la surveillance de la Finma qu’à partir d’un volume compris entre 350 et 500 millions de francs.» Les petits gérants de fortune domiciliés en Suisse seraient donc voués à disparaître.

Selon de récentes estimations de la Haute Ecole de sciences appliquées de Zurich (ZHAW), la Suisse compte 2300 gestionnaires d’actifs indépendants. La part des petits prestataires est stable: 80% d’entre eux emploient moins de cinq collaborateurs et la moitié gèrent moins de 100 millions. Aucune tendance contraire n’a été observée ces dix-huit derniers mois: cela signifie qu’ils se sont adaptés à la situation.

Le marché offre des solutions entrepreneuriales innovantes pour éviter les coûts excessifs. Certaines directions de fonds et d’autres prestataires offrent ainsi aux gestionnaires d’actifs la possibilité d’intégrer leurs placements collectifs dans leur propre structure. La direction du fonds met ses spécialistes ainsi que l’infrastructure informatique et de traitement à la disposition de ses partenaires et se charge pour eux de tâches telles que le contrôle de conformité et la gestion du risque. Ces modèles impliquent que les gérants de fortune entretiennent d’étroites relations avec la direction du fonds.

L’externalisation auprès d’un partenaire indépendant est une alternative qui permet au gérant de fortune de garder son indépendance. Ce dernier a le choix parmi un vaste éventail de services allant de la prestation isolée à une solution complète comme l’Assetbox lancée récemment par Deloitte et Etops. Cette combinaison unique de modules de services leur permet de compléter de manière efficace leur organisation au niveau opérationnel ainsi que dans les domaines du contrôle de la conformité et de la gestion du risque, quelle que soit la taille de leur entreprise, cela en toute indépendance par rapport aux banques et aux autres prestataires.

Un coup d’œil au rapport sur les coûts de la réglementation récemment publié par la ZHAW révèle que la loi sur les services financiers et celle sur les établissements financiers actuellement en consultation auront un impact limité sur les coûts. Pour les gestionnaires d’actifs n’effectuant pas de placements collectifs, une masse sous gestion de 25 à 30 millions de francs devrait à notre avis suffire pour établir un modèle d’affaires profitable si le rapport qualité-prix des prestations est bon. Ici aussi, les modèles qui s’offrent du côté des coûts sont l’intégration, par exemple dans un groupement de gestionnaires d’actifs indépendants disposant d’une plateforme de traitement commune, ou l’externalisation auprès d’un partenaire indépendant.

Au final, les changements en cours ne pourront être appréciés que lorsque les lois et les ordonnances d’exécution définitives auront été approuvées. Des discussions avec divers acteurs de la branche montrent que les défis ne se trouvent pas du côté des coûts, mais plutôt des revenus. Chaque gestionnaire d’actifs doit se démarquer de la concurrence toujours plus rude et se profiler comme un prestataire de premier ordre. Quelle que soit leur taille, tous doivent faire une proposition de valeur intéressante, ce qui, à terme, exigera une spécialisation claire et le développement de modèles d’affaires innovants.

La demande ne se tarira pas pour les gestionnaires d’actifs novateurs et performants. Et le marché développera toujours des solutions qui leur permettront de remplir les exigences réglementaires à un coût raisonnable. Pour les gérants de fortune, il n’est donc pas nécessaire d’atteindre une taille critique.

* Associé, Deloitte Suisse SA ** Cofondateur et CEO d’Etops SA

La demande ne se tarira pas pour les gestionnaires d’actifs novateurs et performants