L’invité

Le private banking suisse conservera de solides atouts à l’avenir

Marges bénéficiaires en chute, difficultés à attirer de nouveaux clients, l’année 2017 qui officialisera l’échange automatique des données, sonne-t-elle le glas de la banque privée suisse?

Les défis ne manquent pas pour les banques privées suisses: en quelques années à peine, leurs marges bénéficiaires ont été considérablement réduites, et cette tendance devrait se poursuivre. L’avènement de la transparence fiscale totale pèse sur les établissements, lesquels opèrent déjà dans un environnement de marché difficile et doivent gérer leurs coûts avec la plus grande attention. Les marchés traditionnels n’offrent par ailleurs qu’un potentiel de croissance limité, tandis que la confiance des clients, des collaborateurs et du public n’a pas été entièrement regagnée depuis la crise financière. S’ajoute à cela le fait que les institutions financières doivent aujourd’hui s’adapter aux besoins de clients mieux informés, plus connectés et surtout plus versatiles.

Encore le quart du marché en Suisse

Alors que ces éléments s’imposent comme des défis pour les banques suisses, celles-ci possèdent encore de nombreux atouts pour préparer le futur. Avec plus de 2’000 milliards d’actifs gérés, la Suisse demeure toujours le plus important centre mondial de la gestion de fortune. Elle possède dans ce domaine plus de 25% de parts de marché bien que Hong Kong et Singapour la talonnent de près avec un développement rapide qui devrait atteindre les 18% d’ici à 2017 selon l’Association des Banquiers Suisses.

Mais que l’on ne s’y méprenne pas! Le succès de la Suisse n’est pas uniquement dû à son secret bancaire. Bien au contraire. Elle le doit à une combinaison unique de facteurs. En effet, si les clients valorisent l’étendue de l’offre de produits et de prestations, la qualité du service, les compétences et la discrétion de notre secteur bancaire, ils apprécient autant le contexte géopolitique stable. Les derniers développements observés en Asie et au Moyen-Orient en confirment toute l’importance. Malgré le renforcement de la concurrence, la suppression du taux plancher avec l’euro et la fin du secret bancaire, les facteurs clés qui ont fait de la Suisse le centre de la gestion privée par excellence, restent intacts. Voilà pourquoi, nous possédons encore toutes les cartes en main pour garantir notre succès.

De la même manière que pour les clients internationaux, la Suisse reste attractive pour les banques étrangères. La stabilité économique et politique du pays, sa main-d’œuvre hautement qualifiée et ses conditions réglementaires libérales, constituent des conditions-cadres idéales dont il est difficile de trouver l’équivalent ailleurs. Sans compter l’excellente réputation que possède le label «swiss banking». Autant d’éléments qui expliquent non seulement que les banques étrangères sont venues s’établir en grand nombre dès le début des années 1980, mais aussi que la majorité d’entre elles souhaitent aujourd’hui y rester, et même, pour certaines de s’y implanter.

Toutefois, pour inscrire leurs activités dans la durée, les banques doivent s’adapter à un environnement en pleine mutation. En marge des gains d’efficacité et de la mise en place de structures de «compliance» adéquates, elles devront se concentrer sur les marchés et les clients qui affichent le plus haut potentiel de croissance pour l’avenir. A titre d’exemple, HSBC Private Bank Suisse concentre ses activités sur une dizaine de marchés stratégiques alors qu’elle servait des clients dans environ 150 pays il y a neuf ans. Par ailleurs, la banque a décidé de se focaliser exclusivement sur les très grandes fortunes car c’est elles qui seront amenées à connaître la plus grande croissance dans l’avenir. Un choix de modèle d’affaires clair et stratégique fait force de nécessité si l’on veut garantir la croissance durable de son activité.

La solution ne vient pas que des banques

Dans ce cadre, l’accès au marché pour les banques suisses est l’un des facteurs les plus importants. Alors que la perspective d’un accès total au marché européen demeure encore relativement éloignée, une solution sur le moyen terme consisterait à viser les investisseurs sophistiqués disposant de l’expertise adéquate et de portefeuilles d’actifs importants. Ceci suffirait à satisfaire les exigences de l’Union Européenne en matière de protection des investisseurs, tout en permettant aux banques suisses de continuer de servir les groupes cibles étrangers les plus importants. L’accès au marché est particulièrement important pour des banques étrangères qui, du fait de leur stature internationale, accompagnent de nombreux clients étrangers.

Mais la solution ne viendra pas que des banques. Les institutions financières, les acteurs politiques et les autorités ont également un rôle à jouer. Il leur faudra travailler de manière plus concertée pour préserver les conditions qui font l’attractivité de la Suisse, mais aussi mieux promouvoir notre place financière à l’étranger, tout en assurant une implémentation rationnelle et rapide de nouvelles politiques.

En l’espace de plusieurs décennies, la Suisse a réussi à bâtir un ensemble de compétences qui en fait l’un des premiers centres financiers au monde et qui devra servir de base à de nouvelles idées pour garantir son attractivité dans l’avenir. Malgré le travail et les défis qui nous attendent, une chose est sûre: le private banking suisse conservera de solides atouts à l’avenir.

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