Le private equity regroupe les investissements dans les sociétés non cotées en bourse. Au plan mondial, c’est un marché de 3000 milliards de dollars qui croît à un rythme de 9,4% en 2011, selon une analyse de Prequin, publiée lundi dernier. Son dynamisme se ralentit légèrement, par rapport aux 11,9% de l’année précédente. Aux Etats-Unis, c’est le théâtre d’un débat houleux. Mitt Romney, candidat républicain à la Maison-Blanche, y a fait fortune et ses méthodes sont souvent critiquées. «Ce débat ne touche pas l’Europe», déclare au Temps Sven Lidén, président depuis l’année dernière de la direction d’Adveq, l’une des principales sociétés de private equity en Suisse, avec plus de 4,5 milliards de francs sous gestion. Adveq a voulu apprécier l’impact du private equity sur l’emploi en Europe et aréalisé une étude à ce sujet portant sur la période de 2000 à 2011.

L’étude s’est penchée sur toutes les entreprises appartenant aux fonds détenus par Adveq, soit 460 compagnies, et l’évolution de l’effectif entre le moment de l’achat et celui de la vente de l’entreprise par le fonds (hors capital-risque). Le résultat appuie les thèses des défenseurs du private equity. L’effectif des entreprises financées par le capital-investissement en Europe au sein du portefeuille d’Adveq s’est accru de 26% en onze ans. Il s’agit d’une augmentation de 142 000 emplois. Les gains sont massifs, mais de diverse ampleur selon les régions et les secteurs. Ils vont de 41% dans les pays nordiques à 3% au Benelux en passant par 19% dans le sud de l’Europe (16 622 emplois créés).

L’étude montre par ailleurs que l’emploi s’est aussi accru de 19% en 2009 dans les sociétés dans lesquelles le private equity avait investi (13 511 emplois). Le private equity ne construit pas son succès et le rendement de ses fonds sur l’endettement ou les suppressions d’emplois, mais sur l’amélioration des structures des entreprises et le financement de leur croissance, selon Tim Creed, responsable de l’étude.

«Même dans des régions en récession, des entreprises existent qui ont besoin du capital et du savoir-faire du private equity pour croître, par exemple à l’aide d’une expansion sur d’autres marchés européens ou sur d’autres continents», selon Sven Lidén.

Si la hausse de l’emploi est si modeste au Benelux (3%), cela tient à la surreprésentation d’entreprises en difficulté de cette région au sein du portefeuille d’Adveq. La forte progression de l’emploi dans les pays scandinaves traduit un climat favorable au secteur. «Le système fiscal est propice au private equity dans le sens où il frappe lourdement le salaire d’un manager, mais épargne les revenus issus des gains en capital», selon Sven Lidén. Celui-ci est précisément d’origine suédoise, même s’il est diplômé de l’Université de Saint-Gall. Des sociétés suisses sont prises en compte dans l’étude, dont les cliniques dentaires Zahnarztzentrum, et Schöttli, dans le moulage par injection.

Cette étude comporte des limitations, reconnaît Adveq. Elle porte sur les entreprises appartenant aux fonds dans lesquels Adveq a investi et non à toutes les sociétés financées par le private equity. Et elle ne compare pas l’emploi avec un groupe de contrôle.

Aux Etats-Unis, l’étude de référence est l’œuvre du NBER, sous le titre de «Private equity and employment». Elle porte sur 3200 entreprises et 150 000 sites de production. Ses auteurs ont tenté l’exercice selon une méthode peut-être plus scientifique, analysant l’emploi encore cinq ans après que le fonds eut vendu l’entreprise et ajustant les résultats à l’évolution nette des différents sites de production. Ses conclusions sont différentes: le private equity agirait tel un catalyseur des créations et des suppressions d’emplois. Ce serait un des moteurs du processus de création destructrice qui qualifie le système capitaliste. Mais son impact net sur l’emploi américain serait modeste.

Les résultats de l’étude d’Adveq correspondent naturellement à la composition du portefeuille de la société. Celui-ci est fortement axé sur les fonds de taille moyenne (500 millions d’euros à 1 milliard) à petite (jusqu’à 500 millions d’euros).

Il n’en reste pas moins que l’emploi augmente notablement dans toutes les catégories de fonds de private equity, de 23% pour les grands et les moyens et de 33% les petits. Une seule catégorie accuse une baisse d’emplois, les fonds de «retournement». La baisse est de 13% pour ces investissements dans des entreprises en difficulté, au sein desquelles l’investisseur cherche un rendement à travers une réorganisation et au maintien des entités les plus prometteuses. «Le private equity a sauvé 87% des emplois d’entreprises en très grande difficulté, soit 16 975 emplois», selon Sven Lidén.

Ces résultats corroborent ceux d’Ernst & Young, pour qui les entreprises financées par le private equity dépassent leurs concurrentes en termes d’emplois et de productivité. La hausse de productivité s’est élevée à 10% selon cette étude portant sur la France, la Grande-Bretagne et l’Irlande, ­entre 2005 et 2011. Et l’augmentation d’emplois atteint 2,2% en Europe occidentale.

Adveq estime que son étude souligne la solidité du modèle d’affaires du private equity. Les entreprises obtiennent un financement plus aisé qu’à l’aide du crédit bancaire. Ce dernier est très restrictif dans un contexte de renforcement des fonds propres et de diminution forcée des bilans et des risques. «Les banques sont moins incitées aujourd’hui à financer la croissance des entreprises. Pourtant de nombreuses entreprises disposent de produits attractifs qui ne demandent qu’à être exportés dans d’autres pays européens ou sur d’autres continents. Le private equity ne se contente pas d’accorder le capital nécessaire, mais fournit aussi le savoir-faire et le réseau», selon Sven Lidén.

«Le private equitya sauvé 87%des emplois d’entreprises en très grande difficulté»