Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Le premier groupe pétrolier russe Rosneft pourra acheter les 50,08% de Bashneft «privatisés» par l’Etat russe.
© EPA/MAXIM SHIPENKOV

RUSSIE

Privatisations en trompe l’oeil à Moscou

Forcé par un déficit budgétaire à vendre des parts dans ses groupes pétroliers, le Kremlin autorise tout de même le géant d’Etat Rosneft à participer à la privatisation

Après une altercation au sommet, le gouvernement a fini par céder vendredi: Rosneft pourra acheter les 50,08% de Bashneft «privatisés» par l’Etat russe. Une privatisation aux allures de re-nationalisation, car Rosneft – le premier groupe pétrolier russe – est contrôlé à 70% par l’Etat. C’est une victoire pour son PDG Igor Setchine, surnommé «Monsieur énergie» de son vieil ami Vladimir Poutine. Pas moins de trois ministres s’étaient publiquement élevés au début de l’été contre la participation de Rosneft dans la privatisation du cinquième producteur russe de pétrole. Il avait même été question de reporter la privatisation à l’année prochaine. Mais le budget russe ne peut attendre, et le gouvernement a réitéré sa volonté de procéder à la vente avant la fin 2016.

Formellement, il existe un autre prétendant. Le second pétrolier russe Lukoil – un groupe privé – s’est dit dans le passé intéressé par Bashneft, mais pas au prix que Rosneft est prêt à payer. Selon la presse russe, Setchine aurait proposé 5 milliards de dollars pour 50% de Bashneft.

Près de 16 milliards de dollars pour l’Etat

Le plus gros morceau privatisé par l’Etat russe est la part de 19,5% dans Rosneft (dont il gardera au final 50% plus une action). Le premier vice-premier ministre Igor Chouvalov a indiqué vendredi que l’intérêt pour cette part venait «principalement d’investisseurs étrangers». Il a évalué à un total de 15,9 milliards de dollars les recettes de l’Etat russe pour la vente des parts des deux groupes pétroliers.

L’analyste pétrolier Mikhaïl Kroutikhine doute du désir des investisseurs pour «une part minoritaire [de Rosneft] ne donnant pas de réel droit de vote dans un groupe qui, afin de rendre possible son expansion insensée, a gagé auprès des Chinois une énorme partie de sa production pétrolière future. Les investisseurs sérieux sont effrayés par la politisation de certaines décisions de Rosneft, douteuses du point de vue de la logique commerciale.»

Très chatouilleux sur le chapitre des privatisations, Igor Setchine a assigné en justice le quotidien RBK pour avoir «nuit à la réputation» de Rosneft. Et lui réclame la somme record de 3,12 milliards de roubles (50 millions de francs). RBK avait mentionné une requête de Setchine auprès du gouvernement russe pour que ce dernier impose une condition supplémentaire à l’acheteur des 19,5%. A savoir l’interdiction de passer un accord d’actionnaire avec le pétrolier britannique BP, qui détient 19,75% de Rosneft. RBK avance que Setchine veut éviter que BP ne monte au capital son groupe, jusqu’à posséder une minorité de blocage, soit 25%.

Limiter le déficit public et contrôler l’énergie

Deux logiques apparemment incompatibles s’affrontent dans la nouvelle vague de privatisation décidée par le Kremlin. La première consiste à récolter des fonds pour un budget de plus en plus menacé par le déficit. Ce dernier devrait gonfler à 3,66% du PIB, soit au-dessus de la ligne rouge des 3% dictée par le Kremlin, a indiqué lundi le ministère des finances russe. La seconde logique est de consolider le contrôle de l’Etat dans le secteur le plus stratégique qui soit pour la Russie: l’énergie.

Parallèlement à la nationalisation du pétrole, Moscou s’efforce depuis 15 ans d’augmenter sa production pétrolière tout en rejetant de coopérer avec l’OPEP. Avec une légère inflexion depuis la semaine dernière. Dans l’espoir de voir le baril repartir à la hausse, Moscou envisage de ne pas augmenter sa production (qui culmine à 11,75 millions de barils par jour), alors que l’OPEP vient de décider une légère réduction de la production. Une «solidarité» dont beaucoup d’experts doutent. La Russie n’est pas la seule à s’efforcer de gagner des parts de marché. La concurrence au sein de l’OPEP ne fait que croître, avec un record de 33,75 millions de barils par jour produits par le cartel en septembre, selon une enquête publiée mardi par Bloomberg.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo economie

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

Candidate au prix SUD de la start-up durable organisé par «Le Temps», la société Oculight est une spin-off de l’EPFL qui propose des aides à la décision dans l’architecture et la construction, aménagement des façades, ouvertures en toitures, choix du mobilier, aménagement des pièces, pour une utilisation intelligente de la lumière naturelle. Interview de sa cofondatrice Marilyne Andersen

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

n/a
© Gabioud Simon (gam)