Education

Dans le privé, les enseignants s’offrent des assistants robotisés

L’Institut international de Lancy lance un cursus de programmation pour ses élèves âgés de 4 à 18 ans. Les plus passionnés pourront même danser avec un androïde. Le métier d’enseignant est-il en voie de disruption?

Dans la salle de gymnastique de l’Institut international de Lancy (GE), trois jeunes adolescentes pianotent sur leurs tablettes. Empilés, leurs blocs de codes informatiques simplifiés, donne vie à un robot Sphero qui décrit un carré sur le sol. Au fond à droite, les plus petits, eux, suivent les courses du robot Thymio en chantant la chanson du petit train. Cette rentrée, l’école privée a introduit un cursus de programmation couvrant toutes les tranches d’âge de 4 à 18 ans.

Issus de l’hyperconnectée génération Z, les plus petits d’entre eux entreront sur le marché de l’emploi à l’horizon 2035 dans une économie de voitures sans chauffeurs où les robots auront relégué les humains dans de nombreuses taches, estime le directeur de l’institut Norbert Förster. Pour lui, l’école du futur doit laisser davantage de place à la créativité: «La reproduction du savoir c’est terminé. Il faut former les jeunes à la résolution de problèmes».

Comprendre le dessous des technologies

La génération Z ne sera pas pour autant une génération d’informaticien. L’objectif n’est pas de demander à tous les élèves de maîtriser le langage informatique mais de leur apprendre à comprendre ce qu’il y a derrière la technologie qu’ils consomment, souligne David Claivaz, directeur des études.

Contrairement aux écoles publiques qui n’ont pas encore adopté de cursus de programmation, les écoles privées sont toujours plus nombreuses à surfer sur la vague du numérique. A l’Institut international de Lancy, on vient même d’acquérir un humanoïde Nao – développé par la société française Aldebaran Robotics – pour 5000 euros. Entièrement programmable, le robot ne sera pas intégré au cursus obligatoire. Les plus motivés pourront cependant préparer des chorégraphies ou converser avec lui dans des activités extrascolaires.

Nao sait mieux compter en anglais qu'en français. Pas si mal pour un jeune robot:

L’humanoïde remplace l’enseignant traditionnel

De quoi envisager que les humanoïdes puissent un jour donner certaines leçons, substituant les enseignants? On peut l’imaginer. Nao a un grand frère – Pepper (160 cm) – qui travaille déjà dans les usines au Japon, rappelle Adrian Hirst, professeur de technologie informatique. «Mon rôle d’enseignant a déjà changé. Je ne suis plus là pour réciter une leçon debout devant la classe mais pour les accompagner dans leur apprentissage.»

Dans le centenaire et catholique institut international de Lancy – anciennement baptisé collège Marie-Thérèse –, cette évolution du rôle des enseignants ne s’est-elle pas accompagnée de résistances de la part des enseignants? Norbert Förster évoque des «discussions qui ont toujours cours à l’interne» mais rappelle que l’école ne peut pas rester immune aux changements sociétaux.

Une ressource pédagogique normale

Francesco Mondada n’est pas ce qu’on appelle un technophobe. Professeur de robotique à l’EPFL, il est l’un des créateurs de Thymio. Ce robot adapté aux enfants qui est utilisé par «5000 à 10 000 enseignants» en France, un pays qui a intégré des cours de programmation dans son cursus pédagogique. Mais, pour lui, pas question d’imaginer que les robots puissent remplacer l’enseignant. «Le robot reste un outil pédagogique, souligne-t-il. C’est toujours à l’enseignant de penser et d’appliquer la méthode la plus adaptée, en veillant aux différentes caractéristiques des enfants.» Le robot peut, lui, pousser des élèves en difficulté à s’impliquer davantage.

Pour le chercheur, même si la Suisse romande n’a pas mis en place de cursus de programmation, le secteur public est moins à la traîne qu’on pourrait le penser. Plus de 300 enseignants ont déjà assisté au cours d’initiation à Thymio organisés par l’EPFL et la Haute école pédagogique du canton de Vaud. «Ce sont des volontaires motivés. Contrairement au secteur privé où certains enseignants sont poussés par leur direction qui voit dans la robotisation une manière de se profiler auprès de leurs clients.»

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