Combien sont-elles? Cent, deux cents, trois cents? Personne ne le sait, pas même Swisscom. «Elles», ce sont les communes suisses privées d'accès à Internet à haut débit. Impossible pour leurs habitants de se connecter rapidement à la Toile: non seulement ils ne disposent d'aucun accès à un téléréseau, mais, en plus, Swisscom refuse de les équiper en ADSL. Un problème qui ne concerne pas seulement des communes de montagne, mais aussi des villages situés en rase campagne. Alors qu'administrations communales et PME commencent à souffrir de ce handicap, Swisscom affirme qu'il n'a aucune obligation en la matière.

Rünenberg (BL), Wegenstetten (AG), Mase (VS), Entlebuch (LU), Peyres-Possens (VD), Sottens (VD)… La liste des communes à avoir demandé à Swisscom l'installation de l'ADSL est importante, mais personne n'en connaît la longueur. «Il y en a plusieurs dizaines», se contente d'affirmer Christian Neuhaus, porte-parole de Swisscom. L'opérateur ne fournit pas de carte du déploiement de l'ADSL, les particuliers étant renvoyés vers le site www.enter-adsl.ch pour savoir si cette technologie leur est accessible. Dans la seule Broye, entre Lausanne et Fribourg, huit syndics se sont unis pour demander l'installation de l'ADSL, relatait 24 heures début avril. «Après l'article, nous avons découvert qu'une bonne dizaine de communes avait fait des demandes à Swisscom, sans résultat, explique Frédéric Meyer, syndic de Peyres-Possens. Cela nous fait mal d'entendre que M. Alder (ndlr: directeur de Swisscom) affirme ne pas savoir que faire de ses bénéfices, et d'être en même temps matraqués par des publicités vantant l'ADSL. Nous avons vraiment l'impression que Swisscom se moque de nous.»

Le grand malheur de toutes ces communes, c'est de se situer à plus de 5 kilomètres d'un central téléphonique – dans le cas de Peyres-Possens, il s'agit de 11 kilomètres jusqu'à celui de Moudon. «Dans certains cas, l'ADSL peut être déployé jusqu'à une distance de 6,9 kilomètres, mais il s'agit de la longueur du câble et non de la distance à vol d'oiseau, précise Christian Neuhaus. De plus, la vitesse est limitée à 300/50 kbit/s.» Soit la moitié du débit auquel est habituée l'immense majorité des utilisateurs de l'ADSL en Suisse. «Nous avons entendu que Swisscom pourrait trouver une solution vers cet automne», glisse Frédéric Meyer. «Aucune promesse n'a été faite, rétorque Christian Neuhaus. Mais l'on peut imaginer que la technique permette, dans un avenir plus ou moins proche, de repousser les limites du réseau.»

Aucune obligation légale

Privés d'ADSL, particuliers et PME doivent se contenter d'une connexion 56 kbit/s via leur ligne téléphonique classique. Une situation qui commence à poser de sérieux problèmes aux administrations communales, à l'heure où de plus en plus de documents transitent via Internet. «Il devient difficile de communiquer rapidement les résultats de votations et d'élections à Lausanne, affirme Frédéric Meyer. Et nous avons déjà averti le canton de ne plus nous envoyer par e-mail des documents pesant plus de 50 kbit, mais de les imprimer et de nous les envoyer par courrier». Pour André Bourget, directeur du Centre cantonal des télécommunications, la situation devient préoccupante pour certaines petites communes. «La seule solution aujourd'hui pour celles-ci est de louer à Swisscom une ligne de 2 Mbit/s à débit symétrique, pour un coût de 800 à 1500 francs par mois. C'est une solution onéreuse, qui revient entièrement à la charge des communes.» Actuellement, une soixantaine de villages, dont certains sont équipés en ADSL, louent une telle ligne à Swisscom.

L'opérateur affirme avec vigueur, par la voix du directeur de la division Fixnet (lire ci-dessous), qu'il n'a aucune obligation légale de fournir l'ADSL à tous les ménages. Prestataire du service universel, Swisscom est en effet uniquement contraint de proposer un raccordement téléphonique, mais aussi ISDN (RNIS).

Qu'en pense l'Office fédéral de la communication? «Nous savons effectivement que de nombreuses communes – dont nous ignorons le nombre – ont demandé l'ADSL à Swisscom, explique Bernhard Bürki, porte-parole. Peut-être l'ADSL sera-t-il inclus dans la prochaine concession de service universel, qui sera valable dès le 1er janvier 2007. D'ici là, nous ne pouvons rien faire.»

Actuellement, la seule initiative un tant soit peu organisée visant à faire pression sur Swisscom émane d'un particulier, Andreas Meile, qui a lancé le site www.adsl-protest.ch. Alors que la plupart des communes se sentent snobées par Swisscom, certaines ont eu de la chance. Ainsi, Mase (VS), située dans le val d'Hérens, bénéficiera bientôt de l'ADSL grâce à des travaux réalisés au central d'un village proche. La commune de Rünenberg (BL) bénéficiera elle aussi d'un accès à haut débit. «Nous avions adressé une pétition d'une vingtaine de signatures à Swisscom, sans résultat, explique Hansueli Lüthi, syndic. Heureusement qu'un câblo-opérateur a décidé d'installer un téléréseau dans notre commune.»