La Roumanie et la Bulgarie s'inquiètent pour les pertes économiques générées par le conflit yougoslave. Le ralliement pro-occidental sans équivoque des autorités roumaines et bulgares dans le conflit qui secoue la Serbie voisine ne va pas sans problème.

D'abord, l'opinion publique de ces deux pays majoritairement orthodoxes bascule du côté des coreligionnaires serbes au fur et à mesure que le rythme des frappes aériennes de l'OTAN dans le pays de Milosevic s'intensifie. Ces deux candidats fervents à l'intégration dans l'alliance atlantique montent le ton pour signaler à la communauté internationale des pertes économiques de plus en plus importantes causées par la guerre menée à leurs frontières. «Ce conflit coûte à la Roumanie 50 millions de dollars par semaine», affirme le ministre roumain des Affaires étrangères Andrei Plesu. «C'est un coup dur, explique l'ambassadeur yougoslave à Bucarest, Desimir Jevtic. Avant l'embargo, la Roumanie était le troisième partenaire des échanges économiques de la Yougoslavie, après la Russie et la Hongrie.»

Le bombardement de plusieurs ponts sur le Danube, notamment à Novi Sad, à 70 kilomètres de Belgrade, a stoppé net le transport fluvial de marchandises roumaines dont 85% étaient acheminées en Hongrie, en Autriche et en Allemagne en empruntant le Danube. Par ailleurs, une centaine d'embarcations roumaines ont été immobilisées en amont de Novi Sad. Les transporteurs fluviaux s'inquiètent pour le sort de leurs embarcations et accusent des pertes mensuelles allant de 100 000 à 600 000 dollars pour chacun d'entre eux. En Bulgarie, ce sont les camionneurs qui protestent parce que la voie directe vers l'Europe centrale et occidentale est coupée par la crise en Yougoslavie. Ainsi, ils sont obligés actuellement de faire un détour par la Roumanie pour acheminer plus de la moitié des exportations bulgares en Occident. Au point de passage de Vidin-Kalafat, à la frontière roumano-bulgare, des camions forment des files d'attente de plusieurs kilomètres. Depuis le début des frappes, les transporteurs bulgares ont enregistré, selon le gouvernement, des pertes directes d'environ 8 millions de dollars et des pertes indirectes de 600 000 dollars.

Depuis l'embargo décrété par l'ONU contre la Yougoslavie en 1992, la Roumanie a fait état de pertes directes et indirectes d'un montant de 7 milliards de dollars que personne ne s'est empressé de compenser. Aujourd'hui, la donne semble changer. Le FMI, qui avait repoussé maintes fois un prêt de 450 millions de dollars (675 millions de francs) demandé par la Roumanie, vient de donner un avis favorable à la requête roumaine. L'Union européenne a aussi donné le feu vert pour un prêt non remboursable de 100 millions d'euros (160 millions de francs) à la Bulgarie et prépare une aide similaire pour la Roumanie.