Privés d’euros, les consommateurs grecs se tournent vers le bitcoin

Crise A Athènes, jusqu’à 1000 euros peuvent être retirés auprès de distributeurs dédiés

La cryptomonnaie a perdu 10% après l’accord avec l’Europe

Le 11 juillet, un distributeur de bitcoins a ouvert à Athènes au Cube, un espace de travail partagé. Ce système de paiement fonctionne, alors que les citoyens ont des difficultés à retirer des liquidités en raison d’un contrôle des capitaux. Même les systèmes de paiement en ligne comme PayPal et iTunes ont été bloqués. Dans ces moments de tension, l’individu part à la recherche d’alternatives. Le bitcoin en est une. Il s’agit d’un moyen de paiement par Internet entre individus, sans intervention d’une autorité centrale ou politique et protégé par un algorithme.

Le lendemain de son inauguration au Cube, 2000 euros ont été échangés dans le cadre de 25 transactions, rapporte Cointelegraph. Le distributeur ne prend pas de commissions, mais impose une limite de 1000 euros, selon le site Mashable.com. Ces quatre dernières semaines, l’utilisation de cette cryptomonnaie s’est accrue de 500% en Grèce, ajoute Fortune.

Selon le propriétaire du Cube, les contrôles de capitaux empêchent de sortir des fonds du pays. Or le distributeur de ce nouveau moyen de paiement maintient les liquidités en Grèce. Il n’y a donc pas de problème légal.

Le premier distributeur grec de bitcoin a ouvert en juin dans une librairie d’Athènes (Orizontes). Le premier dans le monde a, lui, été inauguré en octobre 2013 à Vancouver. On en compte 429 aujourd’hui.

Certains magasins grecs acceptent cette «monnaie du Net». Une boutique d’habits vintage, Dynamite, a été, début 2014, le premier magasin athénien à accepter la cryptomonnaie.

Il est cependant difficile de mesurer la part des transactions de la période récente qui provient de résidents grecs, de nationaux grecs, de la diaspora grecque. Mais «cette part est sans doute faible, même si les transactions grecques ont évidemment augmenté», estime Jacques Favier, responsable du blog Lavoiedubitcoin.

Le cours international du bitcoin n’a d’ailleurs pas été insensible au risque de Grexit. Il s’est envolé de 200 euros mi-juin à 270 euros au plus fort des tensions. Dès l’accord de lundi matin, la monnaie alternative a par contre chuté de 10%, pour se traiter à 253 euros mardi.

La hausse récente du bitcoin tient classiquement d’une «spéculation dans un marché mondial très étroit, estimé à 4 à 5 milliards de dollars», analyse Jacques Favier. Le bitcoin est, comme l’euro, «un projet politique autant qu’économique», selon lui. Lorsque le projet politique se lézarde, la conséquence économique est immédiatement visible. «Les défauts de la cuirasse européenne sont de plus en plus béants. Cela aussi a un impact sur le bitcoin», explique-t-il. A l’inverse, «on lit de plus en plus d’idées sur une démocratie fonctionnant de façon moins autoritaire, grâce à la technologie décentralisée mais sûre qu’offre le bitcoin», fait valoir le blogueur.

Après l’accord de lundi entre la Grèce et ses créanciers, les analystes estiment que les cours de l’euro et du dollar dépendront des différences de politique monétaire et des taux d’intérêt. Sur le bitcoin aussi, les banques centrales exercent un impact. Mais «si le bitcoin est encore en période d’inflation, fondamentalement il a été conçu et fonctionne encore comme un «or digital», selon le responsable de blog. On parle d’inflation à propos de la cryptomonnaie du fait que l’algorithme crée 12,5 bitcoins toutes les 10 minutes. Ce nombre était de 25 bitcoins à l’origine. Il est divisé par deux tous les quatre ans. Donc l’inflation «ralentit», mais on est encore autour de 10% de création supplémentaire sur les douze derniers mois, selon Jacques Favier.

Le bitcoin évolue d’abord, selon Jacques Favier, en fonction d’événements spécifiques (rumeurs, défauts, débats sur l’évolution de tel ou tel paramètre du programme), de son écosystème propre et d’un contexte réglementaire qui se construit, internationalement, de façon un peu désordonnée et imprévisible.

Le bitcoin est, comme l’euro, «un projet politique autant qu’économique»