Les restaurateurs n'attendront pas d'être encouragés par GastroSuisse pour augmenter le prix de la bière pression. Parce que GastroSuisse, l'association faîtière du secteur hôtelier, s'est fait taper sur les doigts par la Commission de la concurrence après avoir émis publiquement, la semaine passée, la possibilité d'une hausse des prix généralisée de la bière. Mais le résultat sera le même: pour un verre de bière, une poignée de centimes en plus.

Chaque année à fin septembre, selon une convention qu'ils ont avec la branche hôtelière, les grands brasseurs annoncent leurs prix pour l'année suivante. Généralement en hausse. Dans un marché dominé par deux géants, les augmentations qu'ils annoncent ont quasiment valeur de baromètre d'inflation. Ainsi, pour 2009, Feldschlösschen, qui appartient à Carlsberg et compte pour 40% du marché suisse, augmentera ses tarifs entre 4,5 et 6%. Heineken, 23% du marché, augmentera les siens de près 4%.

De part et d'autre, on invoque la hausse des matières premières et de l'énergie. «Le houblon a augmenté cette année de 400%! La demande est très forte sur le marché, notamment à cause des Chinois», explique-t-on chez Feldschlösschen. Et quel pourcentage des coûts de production représentent ces matières premières? Les deux géants de la bière ne livrent pas ces informations.

«Chez nous en tout cas, elles ne représentent que 10 à 15% de notre prix de vente», explique Jérôme Rebetez à la Brasserie des Franches Montagnes, une brasserie artisanale qui ne bénéficie pas du même potentiel d'économies d'échelles que les deux géants européens.

Le houblon a chuté de 300%

«Le prix du houblon a bien pris 400% l'an passé, mais il a aussi chuté de 300% récemment, et ça, personne ne le dit», explique Walter Koch, un intermédiaire dans le négoce de céréales de brasseries. «Les producteurs ont toujours tôt fait de répercuter les hausses, mais quand les marchés baissent à nouveau, comme c'est le cas en ce moment, personne ne réclame une réduction des prix», constate Olivier Sonderegger, président de la Fédération suisse des producteurs de céréales.

Alors en toute candeur, peut-on s'attendre, dans six mois, à une baisse des tarifs chez les brasseurs? «La formation des prix est bien plus complexe», s'accordent-ils alors à expliquer. «Il y a aussi le prix du verre, le coût du transport... Autant de hausses corrélées aux prix du pétrole»... qui, justement en ce moment, baissent!

Du côté des restaurateurs, qui en moyenne dégagent une marge brute de près de 35% après avoir déduit le coût des marchandises vendues, on estime ne pas être en mesure de faire pression sur les brasseurs. On se contente de regretter de devoir tout augmenter. «Il n'y a pas que la bière, tous les prix ont grimpé», commente Frédéric Haenni, président de GastroVaud.

Et le grand sujet de la saison, c'est la chasse. «Le filet de chevreuil a augmenté de 20% l'an passé et de 15% encore cette année», poursuit Frédéric Haenni. La faute au pétrole cher? Pas cette fois: «La demande pour la viande de luxe a beaucoup augmenté, notamment en Chine.»

On retiendra donc qu'à force de transporter du houblon et de la viande de cerf vers la Chine, les prix du pétrole resteront durablement élevés... Une explication qui, à tous les échelons de la chaîne de valeur, justifie convenablement l'inflation.