Tandis que les cours du pétrole ont fluctué autour de 51 dollars le baril à Londres et de 55 dollars à New York sur fond de demande croissante à l'approche de l'hiver et de menace de grève en Norvège – 3e producteur mondial – désamorcée en fin de journée, plusieurs compagnies annoncent ces jours-ci des résultats trimestriels battant des records historiques. A l'instar de British Petroleum (BP) qui publiera ce matin, selon des analystes, un profit autour de 3,9 milliards de dollars au 3e trimestre, contre 3,1 milliards au 2e. Jeudi, ce sera au tour de Shell dont les bénéfices devraient passer à 4,5 milliards de dollars, soit 54% de plus par rapport à la même période de l'année dernière. Si le compte est bon, les deux multinationales auraient réalisé ensemble 50 millions de dollars de profits par jour durant les mois de juillet, août et septembre.

Les bonnes affaires de l'industrie pétrolière sont directement liées aux cours du brut qui ont augmenté de 70% depuis le début de l'année. Pour cause, l'augmentation de la demande dans les pays émergents, notamment en Chine et en Inde, le regain d'activité dans les pays industrialisés après trois ans de stagnation, ainsi que les incertitudes géopolitiques liées au Proche-Orient et à l'occupation de l'Irak par les Etats-Unis et ses alliés. Pour ces mêmes raisons, les analystes n'hésitent plus à évoquer la barre de 60 dollars le baril à New York d'ici à la fin de l'année.

«Cette situation devrait conduire l'industrie pétrolière à augmenter les investissements dans l'exploration et dans la production», espère Andrew Gould, le patron de Schlumberger, fournisseur d'équipements et de services à l'industrie pétrolière, cité par le Financial Times de ce lundi. Selon lui, les compagnies ne pourront plus retarder des forages dans des zones où les coûts de production étaient jusque-là considérés comme peu économiques. «Malheureusement, elles n'investissent pas encore, regrette Jacques Rousseau, analyste chez Friedman, Billings, Ramsey & Co. Pour l'heure, elles préfèrent réduire leur endettement et mettre sur pied des programmes de rachats d'actions.» Quoi qu'il en soit, il recommande les actions des entreprises pétrolières, qui selon lui ont un potentiel de valorisation de 20%. Exxon Mobil et Total sont de bons paris, pense-t-il. La première a une division «chimie», un secteur qui bénéficie également des hausses des prix pétroliers. La seconde est la seule entreprise qui augmente constamment sa capacité de production de 4% par an.

«C'est un cadeau du ciel»

Mais il n'y a pas que l'industrie pétrolière qui se frotte les mains. «Le surplus de revenus est un cadeau du ciel», a récemment déclaré le prince saoudien Abdallah Bin Abdul Aziz. Selon lui, la manne servira à rembourser la dette. Par ailleurs, quelque 10 milliards de dollars seront consacrés à des projets de logement, d'éducation et de santé. Le budget saoudien 2004 prévoyait initialement un déficit de 8 milliards de dollars. En juillet, alors que le brut s'échangeait à 31,50 dollars le baril, il cumulait déjà un surplus de 28,8 milliards.

Selon certaines estimations, les onze pays de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), dont l'Arabie saoudite occupe le 1er rang, ont empoché la bagatelle de 70 milliards de dollars supplémentaires depuis le début de l'année. «Ce n'est pas notre faute si les prix augmentent, répond Al-Kharajee, porte-parole du cartel. Un tel prix conduira à un ralentissement de l'économie mondiale, donc de la consommation énergétique.»

Les exportations russes ont augmenté de 10,3% au premier semestre 2004 par rapport à la même période en 2003, à 223,5 millions de tonnes, rapportant près de 25 milliards de dollars. La manne a permis à Moscou de rembourser sa dette étrangère, insoutenable il y a encore quelques années. Certains experts craignent cependant que la rente pétrolière ne devienne un oreiller de paresse et retarde les réformes structurelles nécessaires pour moderniser le pays.

La Norvège, 3e producteur mondial, a constitué un Fonds pétrolier en 1966, dédié aux dépenses de santé et aux retraites des générations futures. Il pèse aujourd'hui 140 milliards de dollars, en hausse de 3% depuis le début de l'année. A ce rythme, le fonds totalisera 209 milliards en 2009. Ce qui pousse l'Etat à envisager une réduction des impôts dès l'année prochaine. La Norvège est un des pays ayant le plus fort taux d'imposition en Europe, pouvant aller jusqu'à 50% pour les individus.