Le 14 juin 1981, le principe de l’égalité entre hommes et femmes est inscrit dans la Constitution. Dix ans plus tard, jour pour jour, la première grève des femmes réclame son application, et la loi sur l’égalité entre en vigueur en 1996. «Le Temps» revient sur cette révolution lente

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Si les anniversaires sont l’occasion de tirer des bilans, l’année 2021 nous offre plusieurs opportunités. Ce mois de juin en particulier: les 40 ans de l’inscription de l’égalité entre hommes et femmes dans la Constitution, les 30 ans d’une historique grève des femmes et, à un cheveu, les 25 ans de la loi sur l’égalité. Tout cela, quelques mois après avoir célébré les 50 ans du scrutin féminin.

Ces dates nous rappellent qu’à toutes les étapes de ce parcours vers l’égalité, la Suisse arrive après ses voisins, parfois avec des décennies de retard. Elles soulignent aussi que quatre décennies après un changement constitutionnel majeur, l’égalité n’est toujours pas une réalité. Que le progrès est (très) lent, qu’il est le fait du combat de quelques héroïnes déterminées face à un système qui voit par principe d’un très mauvais œil toute forme d’intervention et de contrainte envers l’économie.

Si ce modèle, fait de peu d’obligations et de sanctions, a eu ses succès, il a aussi son prix et ses distorsions dont pâtissent les femmes. Mais pas que. On aurait tort de croire que les entreprises elles-mêmes profitent de ces inégalités chroniques.

Le prix de l’inégalité est là où on l’attend: dans les écarts de salaires, qui se creusent au lieu de se combler, et qui posent des problèmes en cascade, comme des revenus insuffisants à la retraite; dans la disparition d’une partie de la main-d’œuvre qualifiée, pourtant cruciale pour l’économie, parce que moins payée et s’effaçant devant les frais de garde d’enfants; dans le manque d’accès aux positions à responsabilité, perpétuant toujours le même modèle.

L’affaire de tous

Mais ce prix est aussi là où on l’imagine moins. On pense laisser la liberté aux entreprises d’être vertueuses? En réalité, elles réagissent quand elles sont au bord du gouffre, elles répondent à d’autres pressions, internationales ou d’actionnaires épris de finance durable ou d’équité. C’est seulement à ce moment-là qu’elles professionnalisent leur conseil d’administration et qu’elles réfléchissent à une plus grande diversité dans leur hiérarchie, dont on sait maintenant depuis longtemps qu’elle est source de meilleures performances.

On crée ainsi une économie à deux vitesses, où des entreprises sont mieux positionnées, tout en prenant une longueur d’avance dans la course aux talents. Car, lorsque la loi fait défaut et que les entreprises compensent par des certifications (coûteuses) ou des offres de congés paternités quatre ou huit fois supérieurs au minimum légal, qui peut régater? Une poignée de multinationales. Les PME qui font le tissu économique national n’ont aucune chance. Encore un signe que l’égalité n’est pas seulement l’affaire des femmes, mais de toute la société.


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