Moins de la moitié des familles suisses recourent aux crèches pour faire garder leurs enfants. Et ce, principalement en raison de leur coût. C’est ce qui ressort d’une étude publiée mardi par Credit Suisse. «Les frais de garde pèsent lourd dans le budget des ménages, y compris pour ceux qui bénéficieraient d’un subventionnement maximal», observe l’économiste Emilie Gachet, coautrice de l’étude, menée auprès de 194 communes.

Actuellement en Suisse, plus de quatre mères sur cinq et plus de 95% des pères sont actifs sur le marché du travail. Mais seuls 40% des ménages comptant des enfants de moins de 12 ans recourent à des solutions de garde institutionnelle. En tête des raisons qui dissuadent les parents: leur coût élevé, «loin devant le manque éventuel de places d’accueil dans la région où ils vivent ou travaillent», peut-on lire.

Pour 11% des parents qui disent ne pas avoir recours à des services de garde professionnelle, c’est la cherté de l’offre qui est avancée, note Credit Suisse, citant une enquête de l’Office fédéral de la statistique en 2018 sur la conciliation entre famille et emploi. La grande majorité des sondés (78%) disent ne pas en avoir besoin, assurant la garde eux-mêmes ou avec l’aide des grands-parents ou de connaissances. «Mais le coût de l’accueil pourrait aussi être à l’origine de ce choix», ajoute Emilie Gachet.

Du simple au double

Les frais de crèche varient fortement d’une région à l’autre. Ils sont en moyenne moins élevés en Suisse romande, en particulier dans les cantons de Genève et de Neuchâtel. Tandis que les structures les plus chères se retrouvent en Suisse centrale, à Bâle-Campagne, Zurich et Soleure.

Un ménage à revenu moyen – 110 000 francs par an et une fortune de 100 000 francs, avec deux enfants fréquentant une crèche deux jours par semaine – débourse moins de 8000 francs par an dans les communes genevoises, neuchâteloises et dans certaines communes des cantons de Fribourg, de Vaud et du Valais, notamment. Ce ménage à revenu moyen devrait en revanche débourser plus de 20 000 francs par an dans de nombreuses communes zurichoises et certaines parties des cantons de Bâle-Campagne, de Suisse centrale et de Suisse orientale, note l’étude.

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Ces disparités sont dues entre autres aux modes de subventionnement très variables d’une région à l’autre. «La Confédération fixe le cadre légal de base, mais ne joue qu’on rôle subsidiaire dans le financement. Le subventionnement est du ressort des cantons, qui le délèguent partiellement ou totalement aux communes. Dans certains cantons, les employeurs sont également mis à contribution», indique Emilie Gachet.

Vaud, Fribourg et Genève, où les places de crèche sont les moins coûteuses, fonctionnent selon un modèle de partenariat privé-public, via un prélèvement sur la masse salariale au titre de cotisations sociales. A l’inverse, Zurich et Soleure ont entièrement délégué le subventionnement aux communes.

Pour son enquête, Credit Suisse a pris en compte les familles avec un revenu brut compris entre 40 000 et 180 000 francs et une fortune nette jusqu’à 2 millions avec un taux d’occupation cumulé des parents de 140%. Le ménage modèle compte deux enfants de 2 et 3 ans qui fréquentent une crèche deux jours par semaine. Dans les communes regroupant plusieurs crèches (subventionnées), c’est le tarif médian de celles-ci qui entre dans les calculs.