Au service commercial de Préci-Dip Durtal, on parle neuf langues dont le finlandais, le mandarin, le japonais et le coréen. Logique: 97% des 130 millions de pièces fabriquées chaque semaine à Delémont sont exportées.

Le nom de cette entreprise ne dit rien à la plupart des Suisses? Parlons plutôt de ses clients: Nokia ou Sony Ericsson dans la téléphonie, IBM, Cisco et Flextronics dans l'informatique, Boeing, Airbus ou ABB dans les techniques de commande, Panasonic, Philips, Bosch ou Miele dans la domotique, BMW, Audi, Renault dans l'automobile... Tous intègrent des connecteurs électroniques Préci-Dip Durtal dans leurs produits. Comme Monsieur Jourdain fait de la prose sans le savoir, nous utilisons chaque jour ces minuscules contacts à pression «made in Delémont», dont la fiabilité est essentielle au bon fonctionnement des appareils sophistiqués.

Créée il y a trente ans avec 22 employés, l'entreprise Durtal a fondé dix ans plus tard une société de distribution à Bienne, Préci-Dip, et posé les bases de son réseau international. Reprise par Electro Medical Systems à Nyon l'an dernier, elle emploie aujourd'hui 220 personnes dans son usine unique, qui couvre 22000 mètres carrés dans la zone industrielle de Delémont, ce qui en fait un des principaux, sinon le principal, contribuables du canton du Jura.

«La plupart des industriels européens se fournissent en composants bon marché chinois, nous faisons l'inverse», sourit Pierre Lehmann, directeur et actionnaire minoritaire de la société. Celle-ci a justement ouvert en février un bureau en Chine, où les ventes ont été multipliées par trois chacune de ces deux dernières années. Elles représentent aujourd'hui 13% du total, contre 60% vers l'Europe, 10% vers les Etats-Unis où Préci-Dip a obtenu en 2003 un brevet dans les domaines très réservés de la défense et de l'aéronautique, 8% vers le Japon et 9% vers le reste du monde.

Comment est-il possible de maintenir une production industrielle de masse dans un pays à hauts salaires? Une visite du site apporte la réponse: le processus de fabrication est fortement intégré et automatisé. Décolletage, étampage, galvanoplastie, injection et assemblage, tout est «fait maison». Forte de la tradition horlogère de la région, l'entreprise a développé ses propres processus et ses machines pour les opérations délicates. Ce savoir-faire, cette adaptation constante aux exigences techniques et normatives (comme la nouvelle directive européenne RoHS bannissant le plomb des alliages) permettent à Préci-Dip Durtal de conserver son avantage concurrentiel.

Les produits vont des connecteurs standards carte-à-carte aux produits spécifiques définis par le client en passant par les contacts de précision: 20000 références en catalogue au total, toujours en grandes séries. «En dessous de 25000 à 50000 pièces, on ne fait rien du tout», dit Pierre Lehmann.

Quelques chiffres donnent une idée de la puissance de l'outil: 240automates de décolletage consomment 28 tonnes d'alliages cuivreux par semaine, plus de 900kilomètres de fil et barre de laiton. Les 250 machines d'assemblage développées en interne crachent plus de 100 millions de connecteurs, contacts et socles sept jours sur sept, 24 heures sur 24.

Le chiffre d'affaires, qui était monté à 72 millions de francs en 2000, a chuté autour de 50 millions après l'explosion de la «bulle» internet. Depuis, il est reparti à la hausse, autour de 62 millions cette année, et devrait rejoindre son niveau record en 2008 ou 2009, avec une croissance annuelle de 6%. Il s'équilibre entre les télécoms (31%), les commandes industrielles (23%), l'informatique (16%), la défense (16%), les transports (9%) et le médical (5%).

La force de Préci-Dip Durtal est la parfaite maîtrise de sa production verticalisée, son image d'excellence, une direction parfaitement au fait des marchés et des processus industriels. Comme plusieurs autres finalistes 2006 du Prix de l'entreprise, il devra résoudre dans quelques années la question de la succession. S'y ajoute dans ce cas une relative fragilité due à un actionnariat majoritaire peu impliqué dans l'opérationnel. Mais, l'entreprise étant très rentable, celui-ci a peu de raisons de se dégager.