Pour tous les Chinois, l’affaire est entendue: difficile de faire plus corrompu que le monde de la santé. Et plus injustement riches que les laboratoires pharmaceutiques. Lu Chuanyou en sait quelque chose: lorsque ce patron d’un groupe chinois fabriquant des médicaments a entrepris de construire dans le nord du pays, au-dessus de son usine, un palais aussi grandiose que le château de Versailles, il a fini par être cloué au pilori.

La diffusion sur Internet des images de ce palais où tout n’est que dorures, lustres et peintures d’époque a déclenché une vague de fureur dans le pays, poussant même une présentatrice de la télévision nationale CCTV à s’emparer du sujet. Ce «musée», comme le concevait Lu Chuanyou, a surtout servi de révélateur des revenus indécents engrangés par le groupe qu’il dirige. Groupe public, de surcroît…

Prix excessifs

Dans le domaine de la santé, la perception de la population est que tout repose sur une équation malsaine: des laboratoires qui pratiquent des prix excessifs et corrompent les médecins et les hôpitaux pour qu’ils prescrivent leurs molécules.

Régulièrement, des scandales éclatent. La ville de Zhangzhou, dans la province du Fujian, vient ainsi de découvrir un système de corruption qui concernait l’intégralité des 73 hôpitaux de la ville. Les médecins ont dû restituer 20 millions de yuans (2,4 millions d’euros). En avril dernier, c’est dans la province du Guangdong qu’on a identifié un hôpital dans lequel 39 personnes avaient reçu des pots-de-vin d’une valeur cumulée de 5 millions de yuans. Le directeur de l’établissement a été licencié. Au même moment, en Mongolie intérieure, sept médecins ont été arrêtés pour avoir ­touché une somme dépassant les 2 millions de yuans, toujours afin qu’ils prescrivent certains médicaments.

Le système n’est pas facile à démasquer: comme l’explique le site internet professionnel chinois Pharmnet, après les valises de billets, la corruption prend des formes plus subtiles. En fonction des besoins des médecins, les corrupteurs peuvent, au choix, aider à payer les études de leurs enfants, financer des projets de recherche à l’étranger, voire les funérailles de leurs parents. Difficile de résister à la tentation. Comme le résume He Sizhong, qui dirige le deuxième hôpital de la ville de Wuhu, à l’ouest de Shanghai, ­«certains jeunes médecins gagnent moins de 5000 yuans par mois (600 euros) mais doivent en débourser 8000 sur la même période pour leur seul emprunt immobilier».