Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Image d'illustration. 
© GAETAN BALLY/Keystone

Analyse

Quel est le prix à payer?

Après la CSS qui veut proposer des franchises à 10 000 francs, c’est au tour d’Assura de lancer un pavé dans la mare en proposant que les consultations pour des affections bénignes ne soient pas remboursées. Le système suisse d’assurance maladie est à bout de souffle. Il est urgent de le réformer pour que ce ne soient pas les citoyens qui en pâtissent

Le 13 mars 2016, Monique Koumaté est morte éventrée devant la porte d’un hôpital de Douala. Elle portait des jumeaux, morts en même temps qu’elle. Sur place, le personnel soignant est immédiatement accusé d’avoir ignoré la victime, qui n’avait pas les moyens de payer. Au Cameroun, l’affaire a soulevé les foules, devenant un scandale d’ampleur nationale.

Lire aussi: Les franchises de l’assurance maladie vont augmenter de 50 francs

Autre temps, autre pays. Dans la si belle démocratie qu’est la Suisse, une telle horreur ne pourrait pas se produire. Non? Pourtant, dans les Grisons, un homme est mort du sida car il n’a pas eu accès aux trithérapies qui auraient pu le sauver, relatait il y a quelques jours la SonntagsZeitung. Mis aux poursuites pour n’avoir pas payé ses primes d’assurance, il a tout simplement été privé de traitement. Une pratique parfaitement légale: depuis janvier 2012, les cantons ont le droit d’inscrire les mauvais payeurs sur une liste noire. Médecins et hôpitaux n’ont ainsi pas l’obligation de les prendre en charge – sauf urgence.

Plus de 33'500 Suisses sur listes noires

Reste à savoir ce qu’est une urgence… Un accouchement par exemple, en est-il une? Non, estimait Assura, car cet acte médical est planifié. Oui, a récemment contredit la justice saint-galloise, obligeant la compagnie à payer pour la naissance d’un nouveau-né. Le jugement est encore soumis à recours. Les Suisses sont les citoyens les plus riches du monde, révélait en novembre dernier le rapport de Credit Suisse sur la richesse globale. Et pourtant, dans cet eldorado, une partie de la population ne peut pas se soigner.

Lire aussi: La surveillance des assurés, bientôt plus facile que celles des criminels?

Ainsi, plus de 33 500 Suisses se trouvent sur ces listes noires établies dans les cantons d’Argovie, de Thurgovie, du Tessin, de Soleure, de Lucerne, de Saint-Gall, de Schaffhouse, de Zoug, et donc des Grisons. Si ces patients s’écroulent devant les portes d’un hôpital, le personnel viendra sûrement les sauver. Mais pour tout le reste, ils peuvent attendre… Une prise de sang pour vérifier le taux de cholestérol, une coupure sans gravité mais qui peut s’infecter… c’est à eux de régler la facture, à chaque fois. Pour éviter de voir s’accumuler d’autres poursuites et échapper à la honte d’aller chez le médecin tout en sachant qu’ils ne peuvent pas se le permettre, des dizaines de milliers de résidents suisses serrent les dents.

Un handicap au quotidien 

Ces personnes ne sont pas parmi les plus pauvres de notre pays, qui ont accès aux subsides et voient leurs primes payées chaque mois. Ils ne comptent pas non plus parmi les plus riches. Les assurés aux poursuites sont précisément ceux issus de la classe moyenne qui ont un emploi, un salaire. Plus de 366 000 personnes faisaient l’objet de poursuites en 2008 pour ne pas s’être acquittés de leur prime. Ce chiffre a grimpé à 408 000 en 2016.

Au-delà de la question de santé publique que cela pose, leur situation présente également un handicap dans la vie quotidienne: des poursuites empêchent notamment de trouver un nouvel appartement. Ou retombent également sur le parcours des enfants de la famille, qui se retrouvent automatiquement endettés dès qu’ils entrent dans leur majorité si leurs parents n’ont pas payé leur assurance santé, comme le mentionnait un rapport de l’Association romande et tessinoise des institutions d’action sociale (Artias) en octobre 2017. La conseillère nationale socialiste Bea Heim a alerté le parlement sur ce problème à deux reprises, en 2015 et en 2017. En vain: le Conseil fédéral n’a pas jugé important de légiférer sur ce cas.

Le système a fait son temps

Faute d’engagement politique, ce sont les assurances elles-mêmes qui prennent la parole. Il y a un mois, la CSS lançait l’idée d’une franchise à 10 000 francs, avec des primes mensuelles en dessous des 100 francs. La semaine dernière, c’était au tour du directeur d’Assura, Ruedi Bodenmann, d’apporter sa pierre à l’édifice en évoquant la possibilité de faire varier la franchise selon l’acte médical: haute pour une consultation bénigne qui aurait pu être évitée, basse pour les maladies chroniques, par exemple.

Lire également: L’idée d’une franchise maladie à 10 000 francs allume le feu

A chaque fois, ces propositions provoquent l’ire des citoyens, qui ont pris en grippe les assureurs. Or, ils se trompent de cible. Maintenant, c’est à nos députés d’agir. Le système des franchises, profondément inégalitaire, a fait son temps.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo economie

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

Candidate au prix SUD de la start-up durable organisé par «Le Temps», la société Oculight est une spin-off de l’EPFL qui propose des aides à la décision dans l’architecture et la construction, aménagement des façades, ouvertures en toitures, choix du mobilier, aménagement des pièces, pour une utilisation intelligente de la lumière naturelle. Interview de sa cofondatrice Marilyne Andersen

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

n/a
© Gabioud Simon (gam)