La fixation du prix de la principale source d'énergie de la planète semble échapper à toute logique. La semaine dernière, son prix décollait de 9% en quelques jours pour franchir le record de 135 dollars le baril. La pénurie semblait proche. Une menace qui n'empêche pourtant pas les cours de refluer de 4,5% depuis lundi, pour passer hier matin sous les 126 dollars... avant de remonter violemment quelques heures plus tard.

Influencés par les revirements des fonds d'investissement, les cours mondiaux donnent l'impression d'une boussole à proximité d'un aimant. La hausse de la semaine dernière aurait été le fruit de «short covering»: des investisseurs ayant parié - à tort - sur la baisse du brut se retrouvaient dans l'obligation d'en racheter au prix fort. Cette semaine, nouvelle explication: les fonds réalisent une partie des profits engrangés suite à la hausse de la semaine dernière.

Des prix coupés de la réalité

«Ces derniers temps, les corrections de prix n'excèdent jamais 10 dollars, on vient encore de le voir hier: après être passés de 135 à 126 dollars, les cours ont aussitôt remonté», appuie Olivier Jakob, responsable du bureau d'analyse Petromatrix à Zoug. Les nouveaux acteurs du monde des hydrocarbures semblent imposer leur mode de pensée, plus influencés par la banque Goldman Sachs - cap sur 140 dollars, annonce-t-elle - que par les ministres de l'OPEP.

Ces fonds d'investissement se sont même mis à acheter des contrats pétroliers livrables dans quatre, huit ou dix ans. On arrive ainsi à la situation ubuesque dans laquelle le monde est censé manquer de pétrole... mais où le baril disponible dans un mois est moins recherché que celui livrable en 2016! «Le marché ne reflète plus la situation actuelle sur la scène pétrolière, mais la situation potentielle dans dix ans, alors qu'il est si difficile de prévoir ce qui se passera dans six mois», s'insurge Olivier Jakob. Cet afflux d'investisseurs institutionnels menace de faire disjoncter des marchés «construits, à l'origine, pour permettre à l'industrie pétrolière de gérer un avenir immédiat».

L'offre de brut progresse

Le réel pourrait cependant rapidement se rappeler au bon souvenir des tenants d'un baril à 200 dollars. Car il y a maintenant un «surplus de brut sur le marché, exacerbé par les récentes hausses de production en Arabie saoudite et en Irak», témoignent les analystes de Merrill Lynch. Sans compter que le choc pétrolier force les pays émergents à réduire des systèmes de prix subventionnés devenus trop coûteux; ce qui amènera leur population à réduire sa consommation. Autant de signes d'apaisement qui n'ont pas empêché les cours de s'accrocher à 130 dollars hier soir.