«Quand le pétrole se met à brûler, c’est le monde entier qui est ébranlé par les tentatives d’extinction», écrit, sous forme de proverbe, le quotidien slovène Večer. Les bourses du Golfe ont en effet «fortement baissé, annonce le site Boursier.com, sur fond de chaos en Libye et de contagion des troubles à Oman, un autre pays producteur de pétrole… L’or noir a réagi en nette hausse» ce lundi matin, «pour atteindre 99,55 dollars le baril de brut léger américain (+1,7%) et 113,95 dollars (+1,6%) pour le Brent de la mer du Nord». Oman, où des manifestations dans le sultanat ont fait deux morts et de nombreux blessés dans des heurts avec la police dimanche, «produit environ 885 600 barils de pétrole par jour (à comparer avec 1,6 million pour la Libye), soit environ 1% de la production mondiale».

Le prix du pétrole ne cesse donc d’augmenter en raison des troubles en Afrique du Nord, constate le site Eurotopics. Mais «les révolutions ont leur prix», estime la presse européenne, qui en appelle à sortir de l’or noir. Car c’est une véritable «bombe à retardement qui menace d’exploser à tout moment. Les marchés redoutent un nouveau choc pétrolier, comme cela s’est déjà produit à cinq reprises, craint le Diário económico portugais. […] C’est peut-être une région plus restreinte qui se trouve cette fois-ci au cœur des tensions, mais les répercussions se feront ressentir partout.»

Même si les opposants disent avoir relancé les expéditions, «quel que soit le nouvel homme fort en Libye, enchaîne en Autriche Die Presse, celui-ci continuera d’échanger pétrole contre dollars. Mais à long terme, il y aura de nouvelles crises. Car le pétrole provient majoritairement de pays dont la stabilité politique n’est pas gravée dans le marbre. […] L’objectif doit donc être de sortir du pétrole, même si son prix retrouve des cours normaux.» De plus, estiment Les Echos, «au sortir d’une crise qui a quelque peu bouleversé l’ordre des priorités, reléguant le développement durable à l’arrière-plan, cela redonne à tous la conscience de la finitude des énergies fossiles, comme de la nécessité de promouvoir les énergies renouvelables».

Mais pour le journal économique tchèque Hospodářské noviny, traduit par Eurotopics, il n’est pas simple de trouver une alternative: «La planète cherche le moyen de faire des économies. Les véhicules qui consomment beaucoup ne se vendent plus très bien et les sources d’énergie renouvelable ont le vent en poupe. […] Nous devons nous préparer à des prix élevés sur le long terme. […] D’après des estimations, le prix du baril devrait coûter le triple en 2020.» Plus optimiste, la Süddeutsche Zeitung pense que «l’expérience montre que l’on ne procède à une réorientation que lorsque ce qui existe devient (trop) cher. C’est la bonne nouvelle que recèlent ces mauvaises nouvelles. Et elle est aussi peu nouvelle que les récurrentes réactions exagérées des bourses. […] Une augmentation soutenue du prix du pétrole peut permettre d’accroître la capacité d’innovation.»