L’absence d’accord à l’issue de la réunion dimanche à Doha n’a pas provoqué de mouvement de panique sur les marchés du pétrole en début de semaine. Au contraire, après avoir brièvement reculé lundi à moins de 41 dollars, le cours du baril de Brent est remonté à plus de 43 dollars lundi soir, pour évoluer à plus de 44 dollars mardi après-midi, son plus haut niveau depuis décembre.
Beaucoup d’experts attribuaient mardi ce rebond à la poursuite de la grève du personnel du secteur pétrolier au Koweït. Avec 1,5 million de barils, au troisième jour de ce mouvement de grève, la production du pays était très inférieure aux 3 millions extraits en temps normal par l’Etat qui jouxte l’Irak et l’Arabie saoudite.

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Le rebond des prix observé s’explique à la fois par la réduction de la production de près de 2 millions de barils au Koweït mais aussi en raison des attentes à propos d’un rééquilibrage prochain du marché du pétrole, observait Chi Tran-Brändli, analyste chez J.Safra Sarasin mardi. Un accord aurait de toute façon peu contribué à réduire l’excédent de production situé actuellement aux environs de 1,2 million de barils. De plus, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) anticipait la semaine dernière une réduction de cet excédent à seulement 0,2 million de barils par jour au cours du second semestre de l’année, argument l’analyste. Elle anticipe ainsi une évolution toujours volatile des cours du pétrole entre 40 et 50 dollars le baril.

D’autres experts estimaient lundi que l’échec de la réunion de Doha pourrait, paradoxalement, même soutenir les cours. Aux yeux de certains analystes, la déception de Doha est en fait positive car, faute de perspective de hausse des cours du brut à court terme, la production de pétrole pourrait nettement baisser cette année, faisait remarquer Bart Melek, analyste chez TD Securities, cité par l’AFP. Il anticipe un repli limité des cours aux environs de 35 à 37 dollars le baril pour le WTI, situé à un peu plus de 41 dollars mardi après-midi.

Saoudiens et Iraniens font monter les enchères

Reste que la rivalité affichée entre l’Arabie saoudite et l’Iran restera un facteur d’incertitude important pour l’évolution des cours du pétrole. Téhéran n’entend en aucun cas baisser sa production. «Geler la production au niveau de janvier 2016 signifierait que les sanctions n’ont pas été levées», a déclaré mardi Bijan Zanganeh, le ministre iranien du pétrole. Début avril, l’Iran prévoyait d’augmenter à 4 millions de barils par jour sa production d’ici à avril 2017, soit près de 800 000 barils de plus qu’en mars dernier.
De son côté, Mohammed Ben Salman, vice-prince héritier, a averti la semaine dernière que l’Arabie saoudite a la capacité d’augmenter d’un million de barils par jour sa production pour la porter à 11,5 millions. A un horizon de six à neuf mois, ce niveau pourrait même grimper à 12,5 millions, comparé à 10,2 millions par jour en mars.

Mouvement latéral attendu

Si l’échec de la réunion de dimanche n’a pas enrayé la phase de hausse des cours du pétrole depuis fin janvier, peu d’experts anticipent cependant une poursuite de ce mouvement sans pause. «Il serait très inhabituel qu’un long mouvement de baisse soit ensuite suivi par une phase de hausse de même ampleur, en l’absence d’une période intermédiaire de stabilisation entre-temps», argumente LGT dans un récent commentaire. Pour qu’un changement de cap si marqué puisse survenir, il faudrait qu’il y ait soit un changement fondamental des perspectives de croissance, soit une forte chute des quotas de production de pétrole ou encore une importante augmentation des faillites des sociétés actives dans le secteur, considère la banque. La publication ce mercredi des chiffres concernant les stocks américains servira d’indicateur au sujet de la tendance à suivre pour ces prochains jours.