Matières premières

Le prix du pétrole reste stable malgré la crise vénézuélienne

Le cours du brut est resté stable ces derniers jours. La surproduction mondiale et la baisse de la demande ont contrebalancé l’impact de l’impasse politique à Caracas, qui détient les plus grandes réserves mondiales de brut

Le Venezuela, qui possède les premières réserves mondiales de pétrole devant l’Arabie saoudite et le Canada, s’enfonce un peu plus dans la crise politique. Le pays peut désormais basculer dans une guerre civile et même faire l’objet d’une intervention militaire américaine. Et pourtant, cette instabilité n’affole pas les cours du pétrole. Vendredi, le prix du baril de Brent se stabilisait autour de 61 dollars. Mercredi, le président du parlement vénézuélien, Juan Guaido, s’est proclamé président du pays et a été immédiatement reconnu par les Etats-Unis et quelques pays d’Amérique du Sud.

En réalité, le Venezuela, malgré ses réserves pétrolières, n’est pas un grand acteur sur le marché, actuellement. Sa production s’est effondrée au fil des années et se trouve à son plus bas niveau depuis trente ans. Le pays produisait 3 millions de barils par jour (bpj) dans les années 1990. L’an dernier, la production a reculé à 1,339 million. La compagnie nationale Petroleos de Venezuela (PDVSA), qui exploitait encore 70 puits en 2016, n’en possède plus que 25 fin septembre 2018.

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Un marché bien fourni

Pour Giacomo Luciani, professeur et codirecteur du programme d’études Oil and Gas Leadership à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID), les marchés ont intégré le risque vénézuélien depuis longtemps. «Par ailleurs, il y a une surproduction, raison pour laquelle la Russie et l’Arabie saoudite ont décidé en décembre de réduire leur offre, rappelle-t-il. Leur objectif était d’enrayer la chute du prix, qui était descendu au-dessous de 50 dollars le baril.» Et d’ajouter: «Si le marché venait vraiment à manquer de brut, les pétroliers russes n’auront aucun problème à combler le déficit.»

Et effet, le marché du brut est bien fourni parce que les Etats-Unis sont devenus un acteur majeur ces dernières années. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui regroupe les pays industrialisés, la production américaine a battu un record la semaine passée, avec 11,9 millions de bpj. Cette évolution a dépassé les attentes.

Grande volatilité des prix en 2019

Par-dessus tout, l’Agence américaine d’information sur l’énergie a annoncé en début de semaine que les stocks hebdomadaires du brut américain avaient bondi de 8 millions de barils. En effet, le ralentissement de la demande et la hausse de la production empêchent le marché de trouver un équilibre entre l’offre et la demande.

Toutefois, malgré l’explosion de leur production, les Etats-Unis restent un importateur net de brut. En effet, les raffineries, plus particulièrement celles situées dans le golfe de Mexique, s’approvisionnent à hauteur de 10% au Venezuela. «Mais les quantités importées n’ont cessé de diminuer au fil des années, poursuit le professeur Giacomo Luciani. Si le Venezuela arrête la livraison, les importateurs peuvent recourir à d’autres sources, quitte à payer un peu plus cher.»

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«Le cours du brut sera marqué cette année par une grande volatilité sur fond de troubles géopolitiques et de ralentissement économique», a commenté Fatih Birol, le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), au Forum de Davos. Pour sa part, Giacomo Luciani relativise. «Cette volatilité ne sera pas aussi forte que dans le passé, fait-il remarquer. La crise vénézuélienne n’est plus intenable et devrait connaître un dénouement assez rapide. Tout au plus, le baril atteindra les 70 dollars.»

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