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Le trio d’architectes espagnols – Rafael Aranda, Carme Pigem et Ramon Vilalta du cabinet catalan RCR Arquitectes – a été récompensé par le prestigieux prix Pritzker.
© David

Architecture

Le prix Pritzker 2017 décerné à trois architectes espagnols «connectés à la nature»

L'agence espagnole RCR a reçu la plus haute distinction architecturale. C’est la première fois que trois personnes sont récompensées conjointement par ce prix

Un trio d’architectes espagnols – Rafael Aranda, Carme Pigem et Ramon Vilalta du cabinet catalan RCR Arquitectes – a été récompensé mercredi par le prestigieux prix Pritzker, souvent considéré comme l’équivalent du prix Nobel en architecture.

C’est la première fois que trois personnes sont récompensées conjointement par ce prix, créé en 1979 pour rendre hommage au travail d’un architecte vivant.

Rafael Aranda, 55 ans, Carme Pigem, 54 et Ramon Vilalta, 56, avaient accolé dès 1988 les premières lettres de leurs prénoms pour fonder le cabinet RCR, dans leur ville natale d’Olot, en Catalogne, région autonome du nord-est de l’Espagne. C’est là qu’ils ont développé l’essentiel de leur œuvre, avant de travailler en France, en Belgique et jusqu’à Dubaï.

«Olot, c’est notre petit univers»

Issu de l’école technique supérieure d’architecture de Vallès, près de Barcelone, le trio a bâti une œuvre internationalement reconnue, sans jamais quitter la petite ville catalane d’Olot, réputée pour son exceptionnelle forêt de hêtres ou ses volcans tout proches.

Ses constructions ont la sobriété et les teintes du parc naturel de la Garrotxa, tel l’acier sombre omniprésent qui rappelle la pierre volcanique. «Olot, c’est notre petit univers. C’est à partir de notre ville que nous avons commencé notre propre chemin», avait expliqué en 2014 Ramon Vilalta. «Pas parce qu’on voulait prendre nos distances, plutôt pour conserver notre façon d’être, de sentir», complétait alors son épouse, Carme Pigem.

«Valeurs locales» et ouverture sur le monde

Mercredi, après l’annonce du prix, elle a insisté sur cette idée, en disant par téléphone: «Parfois, on a l’impression qu’il faut choisir entre le local et l’international. Avec nous, chacun peut comprendre qu’on peut être très lié au local et en même temps ouvert sur le monde. Et c’est très beau que le jury l’ait reconnu».

Les membres du jury du Pritsker ont en effet délivré jeudi un message teinté de politique: «Nous vivons dans un monde globalisé où nous devons nous appuyer sur des influences internationales, les échanges commerciaux, des discussions. Mais de plus en plus de gens ont peur qu’à cause de ces influences, nous perdions nos valeurs locales, notre art local, nos coutumes». Les lauréats «nous disent qu’il est possible d’avoir les deux», ont-ils insisté.

Le trio de RCR avait été marqué par l’école d’architecture de Barcelone, qui marqua les Jeux olympiques de 1992. Mais il a aussi revendiqué l’influence des sculpteurs espagnols Eduardo Chillida et Jorge Oteiza, celle des peintres américain et français Mark Rothko et Pierre Soulages ou encore de l’architecture traditionnelle du Japon…

«Faire ressentir la nature, l’air, le vide»

L’année 2014 avait été particulièrement fructueuse, avec l’inauguration de leur œuvre majeure, à Rodez, dans le sud de la France: un musée conçu pour abriter les peintures abstraites de Soulages. Cet édifice avait été salué par le quotidien Le Monde comme «un lieu d’exception» à «la sobriété impressionnante»: un ensemble tout en lignes droites et en angles, avec des parois extérieures en acier oxydé, donnant à l’ensemble une teinte rouille.

En France, leur respect de la nature avait aussi marqué un projet bien plus modeste, dans le village rural de Négrepelisse (Tarn-et-Garonne, sud-ouest): ils y inaugurèrent en 2014 un centre d’art imbriqué dans les ruines d’un château du 13e siècle. Il s’agit de «faire ressentir la nature, l’air, le vide, l’essence des choses, alors que petit à petit, la vie des personnes se "dénaturalise"», plaidait alors Carme Pigem.

Une autre de leurs réalisations notables, la médiathèque Waalse Krook de Gand en Belgique, doit être inaugurée prochainement.

A Olot, les bureaux de RCR sont installés dans une ancienne fonderie d’art, où de nombreux ateliers «architecture et paysage» ont attiré des gens du monde entier. Pour Tom Pritzker, fils du fondateur du prix, cité dans le communiqué, «leur travail montre un engagement sans faille dans un lieu et son histoire, pour créer des espaces en dialogue avec leur contexte». Le Pritzker, doté de 100 000 dollars, sera remis lors d’une cérémonie à Tokyo, le 20 mai.


«Nous voulons ouvrir des portes à la part la plus sensible, la plus spirituelle des personnes»

Dans l’ancienne fonderie où s’affairent une vingtaine de personnes, Rafael Aranda, 55 ans, et Ramon Vilalta, 56 ans, ont reçu l’AFP pour un entretien, au lendemain de l’attribution du prix. Sobres, modestes, ils évoquent leur «créativité partagée», l’importance de leurs racines et «la part la plus spirituelle» des personnes qu’ils cherchent à atteindre avec leurs œuvres.

– Comment l’obtention de ce prix peut-elle vous affecter?

Ramon Vilalta: Nous espérons que très peu. Il ne s’agit pas que cela nous apporte plus de travail ou que cela nous fasse voyager davantage. Cela fait déjà des années que nous travaillons, le nombre de gens (au sein de RCR) nous paraît suffisant. Ce que l’on aimerait, c’est faire mieux les choses.

– C’est la première fois que le Pritzker récompense trois personnes. Pourquoi aviez-vous décidé de travailler à six mains?

Rafael Aranda: Nous avions décidé de venir ici, chez nous, à Olot, une petite ville, ce qui à cette époque n’était pas courant […], en espérant que ce travail en équipe nous permettrait de faire de l’architecture, nous en donnerait la force. Depuis se sont ajoutés des gens qui ont aussi voulu faire partie de cette créativité partagée.

– Qu’est-ce que cela vous apporte de vivre à Olot?

– Un des paramètres que le jury du Pritzker a valorisé, c’est le fait d’avoir des racines, le fait d’être au niveau local et de pouvoir envoyer des messages au niveau universel. C’est ce qui nous a toujours animés, c’est l’architecture qui nous a intéressés: ressentir le lieu, les personnes, la famille, avoir cette essence.

– Quelle influence ont eu les paysages sur votre œuvre?

Ramon Vilalta: Cela nous intéresse de bien comprendre la nature pour qu’ensuite, l’architecture dialogue avec elle. Il ne s’agit pas d’une position de soumission ni d’imposition, mais bien d’un dialogue. Le fait d’être installés sur un territoire connecté à la nature nous a beaucoup appris à dialoguer avec elle […] à partir de matériaux naturels: la pierre, l’acier, le cristal […] Et le facteur temps est fondamental: apparaît la patine et on sent le passage du temps. Nous ne nous intéressons pas tellement aux matières inertes, auxquelles le temps qui passe ne change rien.

– Que recherchez-vous avec vos constructions? Y a-t-il une philosophie derrière vos créations?

– L’architecture est un élément primitif, fondamental dans la vie de l’homme. D’abord comme refuge mais qui doit aussi, maintenant, avoir la capacité de faire naître d’autres types de sentiments. Pourquoi ne pas penser à la capacité de l’architecture de transcender, d’ouvrir des portes au-delà? Nous voulons ouvrir des portes à la part la plus sensible, la plus spirituelle des personnes […] C’est ce que nous aimerions (atteindre) avec nos édifices: que cela ouvre chez les personnes la pensée, l’imaginaire, les émotions.

 

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